Comment reprendre ce carnet sans en souiller la « nature » profonde, son coeur : cette souffrance d'une vie qui me paraît si lointaine, tout en me paraissant si criante de vérité. Je disais, il me semble, ce que je vivais alors avec une honnêteté très naïve. Il n'y aura pas d'après-vie, il n'y aura pas de héro ou d'héroïne qui me sauvera de mon malheur — cela, je le sais désormais. Il n'y aura que cette solitude, cette éternelle amante avec laquelle j'ai bu, aimé, haïe, pleuré, avec qui je mourrai. Je ne cherche plus à la fuir même si, à certain moment, elle m'est tout aussi outrancièrement douloureuse qu'autrefois. (Justement, j'ai eu une crise il y a quelques semaines et j'ai bien cru que jamais je ne la traverserai.) C'était le soir du 23 juin et, comme à chaque « fête », je n'avais personne. J'ai encore une fois compris que c'était ainsi : je ne suis pas de ceux qui sont faits pour avoir des amis. Je suis de ceux qui crèverons dans l'anonymat et l'amertume. Je suis de ceux qui ne laisserons aucun souvenir derrière : seulement une carcasse. Je suis la carcasse et c'est ainsi que je dois voir les jours qu'il me reste. J'ai tout fait pour me faire accepter des autres, mais à chaque fois je n'ai que cette absence dans mon âme, ce sentiment que tout ce que je suis n'a aucune importance pour qui que ce soit.
***
Entre mon dernier message et celui-ci il y a eu A. Elle m'a doucement ramené à la vie et je crois qu'elle m'y garde aussi. J'ai une agréable émotion en étant avec elle, une assurance, une sorte de paix intérieure. La chose qu'elle m'a dit qui m'a le plus ému fut cette nuit de la première ou la deuxième semaine où j'embrassais son corps : « Je t'ai enfin trouvé .» Je ne sais pas pourquoi elle a dit cela, je ne m'en rappelle plus, mais je sais que c'est à ce moment que j'ai compris son affection, son attachement. Donc, oui, j'ai cette amitié complice avec elle : nous aimerions vivre d'exotisme et d'aventures, mais comment y arriver lorsque nous n'avons pas d'emploi ou d'argent qui nous permettent de le faire. Pour l'instant, il faut finir ceci ou cela, mais en réalité, notre espoir est tourné vers l'horizon et la mer. C'est là-bas que nous irons et j'espère y vivre assez longtemps pour croire en sens à tout ce que j'ai vécu...
9.7.14
19.5.13
Le parasite
C'est une perte de temps que vivre comme je le fais: j'ai renoncé depuis peu à croire qu'un jour une femme me sauvera, j'ai renoncé aussi à espérer que j'ai réellement quelque chose à accomplir ici, et je renonce graduellement au fait que j'ai encore une place dans ma propre famille. Je crois que pendant mon enfance et mon adolescence, je m'étais fait à l'idée d'être le « père-frère ». Si je travaillais dur, si je ne me plaignais pas, c'est que je me disais que j'étais essentiel à cette famille. Au fond, ne croyons-nous pas tous la même chose? Malheureusement pour moi, ce n'est pas le cas. Je me rend compte que pendant longtemps j'ai vécu avec des illusions sur ce que j'apportais aux miens. En réalité, je n'ai rien fait pour ma mère ni pour ma soeur. Je n'étais pas le père-frère que je croyais être. Je n'étais qu'un enfant, abandonné, confus et rêveur. J'avais de si grands rêves, mais aujourd'hui, que me reste-t-il de ce garçon? Rien, si ce n'est son corps chétif et son égoïsme.
Ma mère a été celle qui faisait tout. J'admire cette femme qui aujourd'hui a encore la force de vivre. Je sais que je n'aurai jamais réussi à faire ce qu'elle a réussi à faire. Je n'ai ni sa force ni sa persévérance. J'abandonne chacun des projets que je débute, je ne suis pas présent quand il le faut, je grinche lorsqu'il faudrait sourire et accepter d'accomplir ceci ou cela. Est-ce surprenant que je sois encore ici dans sa maison à parasiter sa vie? Non, car je suis un parasite. Je n'ai rien qui soit à moi. Même ces mots, ces mots, ces quelques mots avec lesquels je voulais construire ma vie, ils ne sont rien au bout du compte. Quelques gribouillis. Rien qui n'ai de sens, de valeur, de vérité. Je me cache...
Je me cache derrière eux sans vouloir accepter que j'ai échoué. Je suis un échec: père, frère, fils. Rien. Je ne suis rien de tout ça. Je suis seul, voilà ce que je suis. Je suis dans cette profonde solitude où rien en pourra me ramener, rien ne pourra me sauver. Alors voilà, je renonce à tout.. À tout ce qui avait un sens, une valeur, une vérité. Ma plus grande déception c'est que je n'ai pas arrivé à rendre fière la seule personne pour qui je voudrais réussir: ma mère. Oui, il y a un peu de moi dans mon désir de réussite, mais en réussissant, je sais aussi que cette femme serait enfin soulagée d'avoir mise au monde un homme... Non pas ce parasite qui rampe dans les rues, qui perd ses cheveux, qui est déjà gras et mort. Ce parasite... Voilà tout ce que je suis maintenant.
Ma mère a été celle qui faisait tout. J'admire cette femme qui aujourd'hui a encore la force de vivre. Je sais que je n'aurai jamais réussi à faire ce qu'elle a réussi à faire. Je n'ai ni sa force ni sa persévérance. J'abandonne chacun des projets que je débute, je ne suis pas présent quand il le faut, je grinche lorsqu'il faudrait sourire et accepter d'accomplir ceci ou cela. Est-ce surprenant que je sois encore ici dans sa maison à parasiter sa vie? Non, car je suis un parasite. Je n'ai rien qui soit à moi. Même ces mots, ces mots, ces quelques mots avec lesquels je voulais construire ma vie, ils ne sont rien au bout du compte. Quelques gribouillis. Rien qui n'ai de sens, de valeur, de vérité. Je me cache...
Je me cache derrière eux sans vouloir accepter que j'ai échoué. Je suis un échec: père, frère, fils. Rien. Je ne suis rien de tout ça. Je suis seul, voilà ce que je suis. Je suis dans cette profonde solitude où rien en pourra me ramener, rien ne pourra me sauver. Alors voilà, je renonce à tout.. À tout ce qui avait un sens, une valeur, une vérité. Ma plus grande déception c'est que je n'ai pas arrivé à rendre fière la seule personne pour qui je voudrais réussir: ma mère. Oui, il y a un peu de moi dans mon désir de réussite, mais en réussissant, je sais aussi que cette femme serait enfin soulagée d'avoir mise au monde un homme... Non pas ce parasite qui rampe dans les rues, qui perd ses cheveux, qui est déjà gras et mort. Ce parasite... Voilà tout ce que je suis maintenant.
dans/in
Journal
1.9.12
Livres / Films
Depuis Janvier '12:
Livres
Maté, Isabelle Baez (*)
Pablo: Max Jacob (t.1),
Le camp des justes, Gil Courtemanche
Les chroniques de Jérusalem, Guy Delisle
Le dieu du carnage
«Art», Yasmina Reza
Le Quai d'Orsay,
La trilogie new-yorkaise, Paul Auster
Dernières nouvelles du Sud, Sepulveda
Pablo: Max Jacob (t.1),
Le camp des justes, Gil Courtemanche
Les chroniques de Jérusalem, Guy Delisle
Le dieu du carnage
«Art», Yasmina Reza
Le Quai d'Orsay,
La trilogie new-yorkaise, Paul Auster
Dernières nouvelles du Sud, Sepulveda
Films
Le Ballon blanc - Jafar Panahi (*)
Anonymous - (*)
Take the Shelter - (**)
Perfect Sense - (****)
Monsieur Lhazar - Philippe Falardeau (**)
The Raid: redemption
Carnage,
The Avengers
Laurence Anyways, Xavier Dolan (***)
Catfish (**)
The Raid: redemption
Carnage,
The Avengers
Laurence Anyways, Xavier Dolan (***)
Catfish (**)
dans/in
liste
3.7.12
Le rire
Hier, la réalité a encore frappé. J'ai de nouveau compris ma différence, mon étrangeté, ma bizarrerie. J'ai beau avoir espoir, croire qu'un jour je sortirai grand, fort, que j'entrerai dans la vie en pleine lumière, je serais lumineux, soleil, la réalité gagne toujours. Non, je n'ai pas une once de fierté, une once qui ne soit ternie par mes incapacités, par mes mensonges, par mes hantises et mes folies. Je me souviens que jeune, je voyais ma vie autrement. Je m'imaginais que je grandirai et que je trouverai ma place dans ce monde, malgré tout. Or, de place, je n'ai que celle qui m'a été assignée depuis si longtemps - celle de l'incapable, de l'inerte, de la chaise vide.
Hier, mes amitiés m'ont craché dessus, encore. Une blague, m'ont-ils fait croire. Ma virilité est suspecte: je dois, dès lors, être ce que je ne suis pas. Pourquoi dois-je toujours « prouver » cela? Ils ne sont pas les premiers. La mère, la soeur, aussi. Je ne serai jamais un homme. En suis-je un, de toute façon? Je doute. Je vois toujours mes bras maigres, mes mains, mon ventre, mon corps est l'antithèse de l'homme. Je combat ce corps, je lui demande d'être, de se développer, de fournir « les preuves ». Mais non, ce n'est pas assez. Je suis suspect. Voilà tout.
Hier, j'ai repensé aux rires. À ceux qui me poursuivent dans la nuit. À ces regards moqueurs que je peux lire, à cette bonne « blague » qu'ils m'ont fait. Tout est dans les sous-entendus. Je m'imagine le moment où ils ont eu cette idée: ils sont attablés, ils s'échangent des bons mots, lorsque soudainement un d'eux émet un doute sur moi, Il est suspect, dit-il, C'est vrai, dit le second, On veut des preuves, disent les autres, alors cette idée est lancée, S'il mord à l'hameçon, c'est qu'il est ce que nous avons toujours cru, les autres sont d'accord. Voilà. Et je n'ai pas mordu, et je leur ai fait comprendre, mais tout n'était pas dit, je le savais et ils savaient. Je demeure donc suspect. Une fois que je suis reparti, hier, je me suis dit qu'ils allaient en rire, et j'ai voulu les surprendre et revenir pour ouvrir la porte et être enfin dans le vrai, dans le rire que j'ai toujours suscité. Mais, je suis aussi un trouillard. Alors, je demeure dans le doute. Le gris, c'est toujours mieux que la lumière trop forte d'une vérité que nous ne pouvons pas supporté. Mes amis, oui, voilà une drôle d'idée que j'ai eu. D'ami, je n'en aurai aucun. Aucun qui ne m'accepte et me comprend. Mais rions, oui, rions tous.
Hier, mes amitiés m'ont craché dessus, encore. Une blague, m'ont-ils fait croire. Ma virilité est suspecte: je dois, dès lors, être ce que je ne suis pas. Pourquoi dois-je toujours « prouver » cela? Ils ne sont pas les premiers. La mère, la soeur, aussi. Je ne serai jamais un homme. En suis-je un, de toute façon? Je doute. Je vois toujours mes bras maigres, mes mains, mon ventre, mon corps est l'antithèse de l'homme. Je combat ce corps, je lui demande d'être, de se développer, de fournir « les preuves ». Mais non, ce n'est pas assez. Je suis suspect. Voilà tout.
Hier, j'ai repensé aux rires. À ceux qui me poursuivent dans la nuit. À ces regards moqueurs que je peux lire, à cette bonne « blague » qu'ils m'ont fait. Tout est dans les sous-entendus. Je m'imagine le moment où ils ont eu cette idée: ils sont attablés, ils s'échangent des bons mots, lorsque soudainement un d'eux émet un doute sur moi, Il est suspect, dit-il, C'est vrai, dit le second, On veut des preuves, disent les autres, alors cette idée est lancée, S'il mord à l'hameçon, c'est qu'il est ce que nous avons toujours cru, les autres sont d'accord. Voilà. Et je n'ai pas mordu, et je leur ai fait comprendre, mais tout n'était pas dit, je le savais et ils savaient. Je demeure donc suspect. Une fois que je suis reparti, hier, je me suis dit qu'ils allaient en rire, et j'ai voulu les surprendre et revenir pour ouvrir la porte et être enfin dans le vrai, dans le rire que j'ai toujours suscité. Mais, je suis aussi un trouillard. Alors, je demeure dans le doute. Le gris, c'est toujours mieux que la lumière trop forte d'une vérité que nous ne pouvons pas supporté. Mes amis, oui, voilà une drôle d'idée que j'ai eu. D'ami, je n'en aurai aucun. Aucun qui ne m'accepte et me comprend. Mais rions, oui, rions tous.
dans/in
Journal
10.6.12
dans le silence, meurt
Apprend à regarder la vie telle qu'elle est,
ne demande pas plus,
ne te suffis pas de moins
si tu cherches un nouvel été à vivre,
sois ton propre soleil
épargne-toi l'amertume
souris au ciel d'écumes
découvre en ton âme la Beauté trouée
un long rire en ton coeur
apprend à regarder la vie telle qu'elle est,
ne demande pas plus,
ne te suffis pas de moins
et quand on te demandera:
où se trouve la vie, la beauté, l'amour, l'amitié
ces choses qui te possédaient
réponds par la plainte du loup de Musset
qui, dans le silence, meurt.
ne demande pas plus,
ne te suffis pas de moins
si tu cherches un nouvel été à vivre,
sois ton propre soleil
épargne-toi l'amertume
souris au ciel d'écumes
découvre en ton âme la Beauté trouée
un long rire en ton coeur
apprend à regarder la vie telle qu'elle est,
ne demande pas plus,
ne te suffis pas de moins
et quand on te demandera:
où se trouve la vie, la beauté, l'amour, l'amitié
ces choses qui te possédaient
réponds par la plainte du loup de Musset
qui, dans le silence, meurt.
dans/in
poésie II
27.5.12
Fièvre
J'ai pour désir d'écrire « quelque chose », mais « quoi» ? Je n'ai rien vécu, rien connu. Je me suis tranquillement éloigné d'une « route » qui devait me permettre de vivre et de dire. Maintenant, je suis en plein brouillard. J'avance à tâtons, sans guide, sans bâton, rentrant dans des murs faites de mes anciennes illusions. Je me suis tant de fois vu triomphant, après la souffrance, la paix, me suis-je dit, la paix d'être. Mais voilà, je crois n'avoir jamais réellement compris à quel point j'étais dans le faux, dès le début. Je voulais changer le monde - je voulais m'élever et me sauver, par les études, mais voilà, j'ai fait du rase-motte avant de m'écraser à même le sol (adieu, mon utopie: « me frapper contre le ciel »!). Je ne me vois nul part désormais. Cette famille que je devais « entretenir » et « sauver », elle a un nouvel homme, un vrai, un homme qui la protégera et l'aimera comme je ne l'ai jamais fait jusqu'à maintenant. J'ai toujours été seul. Je n'ai jamais eu cette mère attentionnée que je demandais, ce père pour m'apprendre à me raser, à boire, à caresser une femme, je n'ai jamais eu ce frère avec qui grandir, cette soeur avec qui rire, je n'ai eu que le silence de ma mère et ses attentes. Lui en voudrais-je? Non, certainement pas. Pauvre femme, quel fils as-tu eu! Un fils, dis-je. Je suis une moitié de ce fils. Le reste, je l'ai perdue quelque part. J'espère qu'un jour tu comprendras, mère, combien tu fus une inspiration pour moi. Pardonne-moi mes faiblesses et mon propre silence, pardonne-moi d'être ta déception, ta honte.
La mort. Oui. Bientôt, bientôt... Ma fièvre s'éteindra enfin.
La mort. Oui. Bientôt, bientôt... Ma fièvre s'éteindra enfin.
3.5.12
Le dictionnaire
À la librairie, aujourd'hui. L'homme cherche son nom dans son dictionnaire. Il dit: "Ah, oui, j'y suis toujours." Il est soulagé - on ne l'a pas encore oublié. Il est, toujours.
19.3.12
L'ère des formalités
[Échange avec Arij]
Vous avez une belle plume, vous savez? Serais-ce imprudent de vous demander ce vous étudiez/faites dans la vie ? C'est là, je crois, une question existentielle. Je m'explique. La vie ne se limite-elle qu'à ce que nous "faisons" ou "étudions"? C'est un non-sens que de demander à une personne ce qu'elle fait de sa vie puisque, en réalité, sa vie n'est pas à son terme. Cela me fait penser au "comment vas-tu?". Tous s'entendent que c'est là des formalités. Pour moi, on est à l'ère des formalités. Signez ici, et là, dites ceci ou cela, votez une fois au quatre ans, prenez votre mal en patience d'ici-là. Voilà, indirectement, on en revient au coeur de ce que vous me disiez. La politique. Pour moi, celle-ci n'échappe pas aux formalités. Puisque vous parliez du langage, je crois qu'en politique plus qu'ailleurs, il dépourvu de toute profondeur. On nourrit bien son veau avant de le mettre sur table. De même, on nourrit bien une population engourdie pour ensuite se régaler de ses égarements, de sa nonchalance, de ses titubements avant de le voir s'écraser sur la planche à découper. À ce moment-là, Ceux-d'En-Haut se lèchent les doigts, la bave leur coule sur le menton. Le festin va débuté. Notez que je ne parle par ironie pour éviter le cynisme. L'ironie, encore, peu nous faire rire. Alors que le cynisme froid de nos intellectuels, lui, il me donne envie de gerber.
Vous avez une belle plume, vous savez? Serais-ce imprudent de vous demander ce vous étudiez/faites dans la vie ? C'est là, je crois, une question existentielle. Je m'explique. La vie ne se limite-elle qu'à ce que nous "faisons" ou "étudions"? C'est un non-sens que de demander à une personne ce qu'elle fait de sa vie puisque, en réalité, sa vie n'est pas à son terme. Cela me fait penser au "comment vas-tu?". Tous s'entendent que c'est là des formalités. Pour moi, on est à l'ère des formalités. Signez ici, et là, dites ceci ou cela, votez une fois au quatre ans, prenez votre mal en patience d'ici-là. Voilà, indirectement, on en revient au coeur de ce que vous me disiez. La politique. Pour moi, celle-ci n'échappe pas aux formalités. Puisque vous parliez du langage, je crois qu'en politique plus qu'ailleurs, il dépourvu de toute profondeur. On nourrit bien son veau avant de le mettre sur table. De même, on nourrit bien une population engourdie pour ensuite se régaler de ses égarements, de sa nonchalance, de ses titubements avant de le voir s'écraser sur la planche à découper. À ce moment-là, Ceux-d'En-Haut se lèchent les doigts, la bave leur coule sur le menton. Le festin va débuté. Notez que je ne parle par ironie pour éviter le cynisme. L'ironie, encore, peu nous faire rire. Alors que le cynisme froid de nos intellectuels, lui, il me donne envie de gerber.
dans/in
Journal,
Lettres,
réflexions
14.3.12
L'accord du silence
Où es-tu, monde du silence? Où pourrais-je retrouver le calme et la
paix de ce creux vide que l’on retrouve entre deux vagues
s’entrechoquant? Il y a bruits, et bruits. Il y a bruit sur bruit.
Jamais, n’est-ce pas, ne trouverais-je ma propre « maison devant le
monde »? Jamais je n’irai cueillir la vie comme ces enfants vus l’autre
jour qui gambadaient le coeur léger. Qu’ai-je donc, moi, dans cette
partie hérissée entre mes côtes? Une pluie d’étoiles encrées — une
nature morte. L’amour? Il n’y a pas d’amour dans cette glacière-monde,
dans cette prison-vie. Il faut défenestrer son âme, la renverser et la
piétiner pour en faire une chose « valorisée », pour en faire du
capital.
J’ai cet album biographique d’Albert Camus sur mon étagère : sur la a couverture, son visage grand et humble, ses yeux, amoureux et plein d’un espoir (la vie), puis ces mots « solitaire et solidaire ». Faut-il donc, pour être solidaire de la vie et des hommes, connaître cette Solitude qui fut la sienne, qui fut celles des hommes aimant atrocement la vie, l’aimant avec une férocité effrayante? Je me questionne sur l’absence du silence dans ma vie. Cette vie qui est devenu si pleine de bruits inutiles, si pleines de la cacophonie des autres. Comment dans cette situation, retrouvez sa mélodie?
Je ne renonce pas. Non. Parfois, je m’efforce de bien vouloir croire qu’une personne, peu importe qui, voudra réellement de moi. Me « prendra » et que je saurai me laisser prendre, que je m’offrirai. Mais, dans tous ces je, j’ai cru reconnaître ce que trop souvent j’oublie: à trop vivre à partir d’un « je », on vient à oublier cette collectivité invisible et muette des hommes-soleils, de cette race qu’on brulera un jour sur le bucher des hérétiques. Camus, mon père, je vous salut et je vous rejoint dans votre mort. Camus, mon frère, j’accepte comme vous l’absurde. Camus, mon ami, je serai un révolté, mais ma révolte, moi, je la ferrai dans le silence et l’humilité de ceux qui n’ont jamais su réellement comment vivre.
J’ai cet album biographique d’Albert Camus sur mon étagère : sur la a couverture, son visage grand et humble, ses yeux, amoureux et plein d’un espoir (la vie), puis ces mots « solitaire et solidaire ». Faut-il donc, pour être solidaire de la vie et des hommes, connaître cette Solitude qui fut la sienne, qui fut celles des hommes aimant atrocement la vie, l’aimant avec une férocité effrayante? Je me questionne sur l’absence du silence dans ma vie. Cette vie qui est devenu si pleine de bruits inutiles, si pleines de la cacophonie des autres. Comment dans cette situation, retrouvez sa mélodie?
Je ne renonce pas. Non. Parfois, je m’efforce de bien vouloir croire qu’une personne, peu importe qui, voudra réellement de moi. Me « prendra » et que je saurai me laisser prendre, que je m’offrirai. Mais, dans tous ces je, j’ai cru reconnaître ce que trop souvent j’oublie: à trop vivre à partir d’un « je », on vient à oublier cette collectivité invisible et muette des hommes-soleils, de cette race qu’on brulera un jour sur le bucher des hérétiques. Camus, mon père, je vous salut et je vous rejoint dans votre mort. Camus, mon frère, j’accepte comme vous l’absurde. Camus, mon ami, je serai un révolté, mais ma révolte, moi, je la ferrai dans le silence et l’humilité de ceux qui n’ont jamais su réellement comment vivre.
dans/in
Albert Camus,
Journal
5.3.12
Blanches douceurs
Elle est ici. Elle vit dans mes draps, comme dans mes meubles. Elle marche dans ce quotidien qui est le mien. J'ouvre les yeux et la voilà, déjà, à « m'entretenir ». N'est-ce pas un plaisir égoïste que cette sensation que j'ai dans mes tripes à la voir ainsi agir? Parfois, je me surprends à me demander cette question que j'ai tant redouté: est-ce que je l'aime? Il faudra pourtant répondre à cette question un jour, mais avant il faut encore savoir ce qu'est aimer. C'est peut-être pour cela que je me sens bien à ces côtés, car nous avons ce doute en nous (sur ce qu'est l'amour, sur ce qu'il devrait être). Je n'ai pas à m'investir plus que j'en ai le désir. Elle me prend ainsi avec mes faiblesses et je la reçois avec les siennes. J'embrasse chacune de ses blessures, je nettoie chacune de ses larmes et je lui dis, dans un chuchotement, alors que son corps est contre le miens, que nous survivrons à la vie. La nuit, nos mains s'entremêlent, comme deux enfants. Nous dormons.
dans/in
Journal
Idées
Deux histoires:
1) Un seul décor (un salon, par exemple, ou un bureau) dans laquelle on suit la vie d'un couple (famille).
2) Portrait: Suite à une rencontre à l'aéroport, j'ai eu l'idée d'écrire la vie d'une vieille dame qui se rend toujours à l'aéroport en attendant un fils qui ne viendra jamais (suite à une chicane? Ou alors parce que ce dernier l'a oubliée). Alors, elle se met à «inventer » sa vie en parlant à ceux qui désire l'écouter... Il s'agirait alors de plusieurs dialogues où elle parle...
___
Autre idée: Les exigences du capitalisme: une société où on ne dort jamais (les pauvres) et où l'élite peut se permettre un long sommeil.
1) Un seul décor (un salon, par exemple, ou un bureau) dans laquelle on suit la vie d'un couple (famille).
2) Portrait: Suite à une rencontre à l'aéroport, j'ai eu l'idée d'écrire la vie d'une vieille dame qui se rend toujours à l'aéroport en attendant un fils qui ne viendra jamais (suite à une chicane? Ou alors parce que ce dernier l'a oubliée). Alors, elle se met à «inventer » sa vie en parlant à ceux qui désire l'écouter... Il s'agirait alors de plusieurs dialogues où elle parle...
___
Autre idée: Les exigences du capitalisme: une société où on ne dort jamais (les pauvres) et où l'élite peut se permettre un long sommeil.
9.2.12
Le bouton restart
Idée de nouvelles: --> restart bouton (tenter d'avoir la perfection à chaque fois! ==> le couple tente de se retrouver dans les autres vies:
1) la vie du riche
2) La vie du pauvre
3) La vie de l'homo / lesbi
4) d'autres vies...
1) la vie du riche
2) La vie du pauvre
3) La vie de l'homo / lesbi
4) d'autres vies...
Le rire
À chaque fois qu'il ouvrait les yeux, il n'avait que cette pâle ombre qui dansait dans un coin de son âme — c'était son amour de la vie — qui l'appelait à se lever d'abord puis à courir nu dans une prairie fleurie — c'était son monde idéal — mais à chaque fois, il entendait ces ricanements sourds d'inconnus, d'amours ou d'amitiés perdues dans la brume opaque de l'indifférence. N'avait-il pas vu son reflet cette nuit-là en rencontrant cette vieille dame assise dans la rue, seule et cachée par quelques haillons, tenant une pancarte sur laquelle on lisait « Payez et insultez-moi » ? Il prit rapidement la fuite parce qu'une évidence l'avait tout de suite frappé: ce n'était des ricanements, non, c'était en fait un long et insupportable rire qui l'avait poursuivi. C'était un rire qui le fit fuir cette nuit-là.
dans/in
Idées
12.1.12
Promesse
Ma relation avec Sabrina est entré dans une phase que je n'aurai pas imaginé. L'amitié, la solidarité et la sympathie nous ont attaché l'un à l'autre. J'ai l'impression, pour une fois, d'être « compris » par une autre personne. Nous partageons des faiblesses communes, une sensibilité, un amour profond pour la vie mais aussi une reconnaissance de son absurdité. Je me fais une seule promesse: c'est d'essayer de m'approcher d'elle, de trouver un moyen pour renouer avec ma vie et moi-même.
dans/in
Journal
31.12.11
Livres (IV) / Films (III)
Depuis janvier 11;
LivresCrime et châtiment, F. Dostoïevski (en cours)Il y a a longtemps que je t'aime, Philippe ClaudelAmuleto, Roberto BolanoIslamiste: Comment ils nous voient, Anne Nivat2666, Roberto BolanoLes choses, PerekLa chute, CamusLa Ballade de l'impossible, MurakamiL'insoutenable légèreté de l'être, Milan KunderaFilmsLa Merditude des choses, Felix Van GroeningenTokyo Sonata, Kiyoshi KurosawaFilm Socialime, Jean-Luc Godard8 1/2, FelliniRabbit Hole, Mitchell127 hours, Danny BoylePierot le fou, JLGSophie Scholl: les derniers jours,Amores Perros, InarrituBiutiful, InarrituHarry Brown, Daniel BarberLe Voyage de Chichiro,Animal Kingdom, David Michôd,Le Pari, Bourbon et CampantLes Trois Frères, Bourbon et Campant12 hommes en colère,The Loved Ones,La Bande à Baader,Le Terminal, S. SpielbergIn Bruges,Sous ma peau, AlmodovarDrive,Tintin , S. SpielbergSherlock Holmes: Game of thronesJohnny English,King's Speach,Buried, CortésThe Fighter, Russel
dans/in
liste
24.12.11
Moments
1. Les derniers jours au UK avec S: l'amour, son visage mouillé, ses seins, ses lèvres roses, sa main sur mon corps, ses gémissements, une lumière dans son regard, la pluie dans ses cheveux - la nuit chaude.
2. Ses larmes, sur mon corps: deux tristesses, celle de l'âme et celle du corps.
3. Rires dans le lit, jeux, deux âmes d'enfants.
4. Réveil au son d'Imposible des Shout Out Loud.
5. Journée triste dans le town center d'Hatfield. Nous sommes assis sur un banc, à l'écart du monde et de ses violences, j'ai la tête contre son épaule et respire son parfum. Sentiment de renaissance.
6. Premier baiser sous le feuillage dorée d'un arbre, clignements des yeux car le soleil est derrière elle.
7. La première fois où elle dit mon nom tout en me rappelant que la jouissance d'une femme a de cela qu'elle est pure.
8. La journée à la plage de Scarborough: idylle.
dans/in
Journal
15.12.11
La haine
Il a découvert, entre les murs de la nuit, que cette haine qu'il avait dirigé contre les autres, ce mépris, était en fait pour mieux oublier qu'il se haïssait avec la même énergie. Il les condamnait pour ne pas souffrir de ses propres faiblesses, celles reconnues tant de fois en fixant le plafond blanc de sa chambre.
1.12.11
Le baiser
Un 3 octobre. Le ciel entre ses cheveux, le parfum de l'été sur son cou et, dans ses yeux, le triste reflet d'une plage mordorée — est-ce la ma mer que j'ai senti battre derrière sa poitrine? Ce ne fut pas le corps, mais l'Âme que j'ai respiré et aimé pendant ces quelques mois. Ce baiser n'avait rien d'un poème, c'était en fait la poésie elle-même qui battait entre mes cils. Pourquoi ne pourrais-je pas vivre heureux?, me suis-je demander. Pourquoi ne pas la prendre, elle, et fermer les yeux sur ces autres qui brillent mais sont vides, sont obscures et sinistres? Pourquoi ne puis espérer la paix entre les seins de celle-ci, de cette Sabine (il est ironique que son nom me rappelle cette nouvelle écrite un an avant notre rencontre!), de mon « Es muss sein» ? À ces côtés, j'ai découvert en moi l'homme que je peux être mais que je me suis longtemps refusé d'être. Dans ses yeux, je me sens complet. Je me sens autre. Je suis.
25.11.11
La plage
J'ai eu un reve etrange il y a deux jours. C'etait la nuit, je marchais sur une plage brumeuse et j'entendais la lourde musique des vagues. Sur ma tete, je transportait un bebe (celui de Ange?) et j'ai marche ainsi pendant des heures. Je me rappelle d'etre tombe et de m'etre releve pour continuer mon chemin. J'ai finalement trouve une rue qui quittait la plage pour me conduire dans un quartier entenebre. Je me suis arrete un moment, puis j'ai cherche le bebe mais je ne l'avais plus sur ma tete. J'ai donc fait demi-tour pour le trouver et j'etais anxieux car c'etait quand meme mon "neveu" que je venais de perdre. Malheureusement, je ne me souviens plus si j'ai retrouve le bebe, mais j'ai encore en moi l'image nette de moi courrant sur cette plage recouverte de brumes. La mer resonait dans tout mon etre et je sentais toute la poesie de cette course.
Bientot, je quitte cette vie pour celle que j'ai abandonne en aout. Je ne sais que faire car je me sens bien ici. Pour une des rares fois, je me sens different de celui que j'etais. Plus confiant envers la vie. Aussi, j'ai peur de me retrouver seul a nouveau. Ici, j'ai decouvert l'amitie des hommes. Mon esprit n'a plus cette obsession de la femme et de ce que je peux vivre a travers elle. Est-ce parce que j'ai rencontre la triste Ravageuse? Est-ce cela l'amour? Je n'en ai aucune idee et de toute facon comment le savoir? Le fait est que je me sens plus proche de que je desire etre ici qu'il y a un an. J'ai toujours A dans mes pensees, mais je me rend compte que ce n'est pas de l'amour que j'ai pour elle mais une nostalgie de ce qu'il aurait pu arriver. Pour cela, je lui en veux et je sais que je ne la recupererais pas (de toute facon je ne veux plus renouer cette amitiee). La Ravageuse m'attendrit et je me surprend a noter son regard, ses caresses, son parfum. Je sais que sa beaute est au-dela de son apparence et de son corps, sa beaute c'est la fragilite de son ame. C'est a cela que mon coeur repond. Elle m'est attachee et je n'ai donc pas peur de la perdre, mais en meme temps je me sens libre (notre "contrat") et compris.
***
Bientot, je quitte cette vie pour celle que j'ai abandonne en aout. Je ne sais que faire car je me sens bien ici. Pour une des rares fois, je me sens different de celui que j'etais. Plus confiant envers la vie. Aussi, j'ai peur de me retrouver seul a nouveau. Ici, j'ai decouvert l'amitie des hommes. Mon esprit n'a plus cette obsession de la femme et de ce que je peux vivre a travers elle. Est-ce parce que j'ai rencontre la triste Ravageuse? Est-ce cela l'amour? Je n'en ai aucune idee et de toute facon comment le savoir? Le fait est que je me sens plus proche de que je desire etre ici qu'il y a un an. J'ai toujours A dans mes pensees, mais je me rend compte que ce n'est pas de l'amour que j'ai pour elle mais une nostalgie de ce qu'il aurait pu arriver. Pour cela, je lui en veux et je sais que je ne la recupererais pas (de toute facon je ne veux plus renouer cette amitiee). La Ravageuse m'attendrit et je me surprend a noter son regard, ses caresses, son parfum. Je sais que sa beaute est au-dela de son apparence et de son corps, sa beaute c'est la fragilite de son ame. C'est a cela que mon coeur repond. Elle m'est attachee et je n'ai donc pas peur de la perdre, mais en meme temps je me sens libre (notre "contrat") et compris.
dans/in
Journal
3.11.11
3 novembre
J'ai été visité la LSE avec ma Ravageuse. Une très belle institution. Je m'y vois très bien, à errer entre la Portugal Street et Kingsway, le foulard, les rires, des livres sous les bras, un diplôme et une carrière dans les « hautes sphères ». J'espère «m'élever » (cf. Perec). Mais pourquoi ce désir, ce rêve, cette ambition cachée — celle d'être immortel, d'être intemporelle?
Nous avons mangé au Café Rouge, sur Kingsway. Dans un ans, peut-être serais-je là, à réinventer le monde autour d'une Calesberg ou alors en plein débat sur le processus démocratique dans tel pays ou dans tel autre ou simplement me baignant dans la lumière émeraude qu'il y avait dans ce café?
J'ai embrasé ma Ravageuse au bord du train, je lui ai tenu la main et j'ai cherché le parfum de l'amour entre ses cheveux. Belle créature, que vais-je faire de toi? Qu'as-tu fait de moi? Je ne crois pas en l'amour, alors comment expliquer ces traînés lumineuses entre ses yeux, ses cheveux coulant sur ses seins de lait, et m'entendre murmurer mes faiblesses, mes peurs, mes traîtrises (oui, je me suis trahis tant de fois!). Lentement, j'ai perdu mes forces et je me suis abandonné en elle, j'ai rêvé d'une nuit qui ne finirait pas.
dans/in
Journal
Inscription à :
Articles (Atom)