9.7.14

Lambda

Comment reprendre ce carnet sans en souiller la « nature » profonde, son coeur : cette souffrance d'une vie qui me paraît si lointaine, tout en me paraissant si criante de vérité. Je disais, il me semble, ce que je vivais alors avec une honnêteté très naïve. Il n'y aura pas d'après-vie, il n'y aura pas de héro ou d'héroïne qui me sauvera de mon malheur — cela, je le sais désormais. Il n'y aura que cette solitude, cette éternelle amante avec laquelle j'ai bu, aimé, haïe, pleuré, avec qui je mourrai. Je ne cherche plus à la fuir même si, à certain moment, elle m'est tout aussi outrancièrement douloureuse qu'autrefois. (Justement, j'ai eu une crise il y a quelques semaines et j'ai bien cru que jamais je ne la traverserai.) C'était le soir du 23 juin et, comme à chaque « fête », je n'avais personne. J'ai encore une fois compris que c'était ainsi : je ne suis pas de ceux qui sont faits pour avoir des amis. Je suis de ceux qui crèverons dans l'anonymat et l'amertume. Je suis de ceux qui ne laisserons aucun souvenir derrière : seulement une carcasse. Je suis la carcasse et c'est ainsi que je dois voir les jours qu'il me reste. J'ai tout fait pour me faire accepter des autres, mais à chaque fois je n'ai que cette absence dans mon âme, ce sentiment que tout ce que je suis n'a aucune importance pour qui que ce soit. 



***
Entre mon dernier message et celui-ci il y a eu A. Elle m'a doucement ramené à la vie et je crois qu'elle m'y garde aussi. J'ai une agréable émotion en étant avec elle, une assurance, une sorte de paix intérieure. La chose qu'elle m'a dit qui m'a le plus ému fut cette nuit de la première ou la deuxième semaine où j'embrassais son corps : « Je t'ai enfin trouvé .» Je ne sais pas pourquoi elle a dit cela, je ne m'en rappelle plus, mais je sais que c'est à ce moment que j'ai compris son affection, son attachement. Donc, oui, j'ai cette amitié complice avec elle : nous aimerions vivre d'exotisme et d'aventures, mais comment y arriver lorsque nous n'avons pas d'emploi ou d'argent qui nous permettent de le faire. Pour l'instant, il faut finir ceci ou cela, mais en réalité, notre espoir est tourné vers l'horizon et la mer. C'est là-bas que nous irons et j'espère y vivre assez longtemps pour croire en sens à tout ce que j'ai vécu...