9.2.12

Le rire

À chaque fois qu'il ouvrait les yeux, il n'avait que cette pâle ombre qui dansait dans un coin de son âme — c'était son amour de la vie — qui l'appelait à se lever d'abord puis à courir nu dans une prairie fleurie — c'était son monde idéal — mais à chaque fois, il entendait ces ricanements sourds d'inconnus, d'amours ou d'amitiés perdues dans la brume opaque de l'indifférence. N'avait-il pas vu son reflet cette nuit-là en rencontrant cette vieille dame assise dans la rue, seule et cachée par quelques haillons, tenant une pancarte sur laquelle on lisait « Payez et insultez-moi » ? Il prit rapidement la fuite parce qu'une évidence l'avait tout de suite frappé: ce n'était des ricanements, non, c'était en fait un long et insupportable rire qui l'avait poursuivi. C'était un rire qui le fit fuir cette nuit-là.

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