J'ai pour désir d'écrire « quelque chose », mais « quoi» ? Je n'ai rien vécu, rien connu. Je me suis tranquillement éloigné d'une « route » qui devait me permettre de vivre et de dire. Maintenant, je suis en plein brouillard. J'avance à tâtons, sans guide, sans bâton, rentrant dans des murs faites de mes anciennes illusions. Je me suis tant de fois vu triomphant, après la souffrance, la paix, me suis-je dit, la paix d'être. Mais voilà, je crois n'avoir jamais réellement compris à quel point j'étais dans le faux, dès le début. Je voulais changer le monde - je voulais m'élever et me sauver, par les études, mais voilà, j'ai fait du rase-motte avant de m'écraser à même le sol (adieu, mon utopie: « me frapper contre le ciel »!). Je ne me vois nul part désormais. Cette famille que je devais « entretenir » et « sauver », elle a un nouvel homme, un vrai, un homme qui la protégera et l'aimera comme je ne l'ai jamais fait jusqu'à maintenant. J'ai toujours été seul. Je n'ai jamais eu cette mère attentionnée que je demandais, ce père pour m'apprendre à me raser, à boire, à caresser une femme, je n'ai jamais eu ce frère avec qui grandir, cette soeur avec qui rire, je n'ai eu que le silence de ma mère et ses attentes. Lui en voudrais-je? Non, certainement pas. Pauvre femme, quel fils as-tu eu! Un fils, dis-je. Je suis une moitié de ce fils. Le reste, je l'ai perdue quelque part. J'espère qu'un jour tu comprendras, mère, combien tu fus une inspiration pour moi. Pardonne-moi mes faiblesses et mon propre silence, pardonne-moi d'être ta déception, ta honte.
La mort. Oui. Bientôt, bientôt... Ma fièvre s'éteindra enfin.
27.5.12
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