27.8.10

Ouvrir le jour

« Quelle vie ne blessent pas celles et ceux qui la traversent? »
Philippe Claudel

Je ne crois pas qu'on puisse prédire le jour de sa mort. Je crois, également, qu'un jour ne suffit pas à nous tuer. Si on déconstruit la vie le jour où on elle nous quitte, si on l'observe comme on observe un insecte à l'aide d'un microscope, on découvrirait les secondes, les minutes et les heures qui se sont succédées tout au long de notre existence. On l'a déguisée avec des mots, des phrases, des promesses d'éternité: des « je t'aime » au premier venu, des « toujours » qui ne veulent plus rien dire quand on se retrouve devant l'autre, cinq, dix ans plus tard. Il y a bien quelques personnes à décorer notre quotidien d'un certain sentiment de sécurité. C'est comme rentrer chez soi, retrouver son petit confort, ses meubles, son fauteuil, ses électroménagers, son lit. Dire « ma » maison, « mon » ami, « mon » amour, c'est du tout au même. La propriété. C'est croire que c'est cela la nouvel mesure d'un homme, d'une vie: avoir. Avoir plus que l'autre, plus, toujours plus. C'est exactement parce que je vis d'un manque, dans le manque, que je ne suis pas fait pour ce monde, et que j'ai autant de mal dans ma relation avec l'autre. Ils me blessent parce qu'ils peuvent vivre sans moi - et moi, pour survivre, je préfère me tenir éloigner, rester une ombre, faible.

Je rentre dans mon nouvel appartement demain. J'ai en tête de décorer ma chambre avec les photos de cet été. J'aimerai aussi pouvoir continuer mon projet photographique. Peut-être pourrais-je publier des textes/poèmes? Je ne sais pas. Je ne sais plus ce que je veux.

***

J'ai repris le roman du début. J'ai l'impression de ne pas savoir où ce projet me mène. Parallèlement, je corrige les nouvelles écrites cet été sans savoir ce que je vais en faire. La correction me fatigue, j'ai l'impression de m'ennuyer. Plus je relis un texte et plus je le trouve mauvais, du coup, j'abandonne. Je préfère me pencher sur de nouveaux livres. J'ai Venir au monde de Mazzantini dans ma tête en ce moment, la simplicité des mots, une écriture brève, saccadé, triste - la tristesse coupe le souffle je crois, alors du coup, ce rythme est peut-être la plus approprié?!

J'ai soif, dit un poème que j'ai écris il y a une minute, j'ai soif de vivre - il y a ta peau, mon été. Une page blanche. Je dois maintenant reprendre l'histoire des Papillons noirs. Quelle plaisir, ce scénario-poème! J'ai l'impression de vivre des vies qui ne sont pas à moi, d'être dans cette ville, avec la nuit, les corps qui brûlent, une bande d'amis - une bande que je n'ai jamais eu, que je ne trouve pas parce que ma solitude est si grande. Je sais que je ne serais jamais complètement attaché à une personne - je ne serais jamais complètement moi. Comme Claudel l'écrit, j'ai une blessure - ma vie.