Je n'ai jamais vu Beirut, pourtant je peux rêver de la poussière et du soleil. Il y a cet album d'Anouar Brahem qui joue, The Astounding Eyes of Rita. Je me transporte dans mon propre corps, je suis un autre et je m'observe. Je vois le devant de mon crâne qui s'éclaircit, le ventre qui pend un peu plus, mes bras, squelettes de mon existence, mes jambes, mes pieds, mon dos, mes fesses, sur lesquelles je passe tant d'heures à composer des airs de vie, des illusions sur mon sort. Les années tombent comme des pétales d'une rose, il ne reste, au fond, que la tige et les épines, la douleur et les saignements, voilà ce qui reste d'une vie.
Dans un article sur Brahem, il l'appelle le musicien du silence. C'est très vrai sur cette piste, « The Lover of Beirut ». Il y a une parfaite harmonie, des silences imposés et voulus, comme si l'artiste désirait qu'on prenne notre souffle. Nous courrons tant, mais pour aller où?
Il paraît qu'une vie est faite d'incertitudes. Il ne faut jamais prendre pour acquis une chose. C'est souvent au moment où on a se croit à l'abris du doute que tout devient floue. Les silhouettes, nos amitiés, nos amours, nos rêves. Tout s'embrouille.
En relisant les textes (récits, poèmes et autres) que j'ai écris ces deux dernières années, j'en arrive à une étrange conclusion: merde, qu'ai-je fais? Relire tous ces papiers m'ennuient, me désolent. Il n'y a rien. Rien. Rien. J'ai honte d'avoir oser, d'être aller si loin, de m'être inventer cette vie d'écritures. Si je pouvais avoir un quelconque talent, une quelconque raison d'espérer?
Il faut être honnête et reconnaître qu'on a échoué dans l'entreprise qu'on s'est donnée. Un an et demie de perdu. Je suis maintenant à la dérive, un écrivain sans écrit, un poète sans poème. J'ai décidé, il y a quelques jours, que je n'écrirai plus. Cela est un déchirement. J'ai peur de n'avoir rien d'autre à offrir, avec quoi vivre, mais, si je dois être ce que je suis, je le serai en dehors de l'écriture parce que je n'en suis pas digne.
Ce carnet sera peut-être ma seule distraction, ma bouée de secours, mais déjà, je n'y trouve plus aucun intérêt. Je préfère lire d'autres, des talents qui m'impressionnent et que j'envie.
J'aurai voulu réussir quelque chose, être reconnu pour ce que j'avais à offrir, mais qu'ai-je à offrir? C'est le silence. Brahem termine avec un silence.