La recherche d'un certain équilibre entre la voix et le message.
En réalité, ce que je crains le plus à propos de Requiems, c'est que les textes ne soient pas assez fluides. Les Arracheuses demeure, pour moi, un des textes les plus riches pour l'expression. J'ai voulu supprimer le décor pour me concentrer sur les personnages, sur leurs pensées. Woolf a été ma grande mentor durant l'écriture de ce recueil, il faut le dire. Je pense qu'elle m'a permis de découvrir que l'écriture demeure une expérience, non une finalité. Il faut toujours aller au bout de soi, de l'écriture: il faut réinventer l'âme des mots, leur expression, ce qu'ils veulent dire et vont dire. Intérieurs débute sur une même note, mais se conclut avec un trait de lumière, l'espoir. Olivier et le petit-fils de Rose Thériault sont intimement liés: l'un meurt en sachant que sa vie n'aura pas été vaine, l'autre commence sa vie. Je crois fermement en la vie, malgré mon refus de celle-ci durant mes crises.
Ce que je me demande, c'est si la voix ne prime pas sur le message, si le flamboyant (et l'inutile) n'écarte pas le propos. C'est souvent le cas, il me semble, chez les jeunes auteurs. Ils écrivent en se concentrant sur leur style naissant, mais perde de vue le propos qu'ils veulent amener. Je l'ai remarqué dernièrement en lisant Olivia Tapiero. Cette jeune fille a certes écrit un livre assez intéressant, mais au bout du compte, à quoi aura valut tout ça? J'ai refermé le livre avec un sentiment d'énervement car le propos était très bien décrit, mais il a été laissé pour un crémage. Je m'en suis rendu compte à la toute dernière minute. Je me suis dis que ce livre aurait pu devenir quelque chose d'autre s'il avait réussi à briser le lecteur avec une vérité, la vérité du personnage. Au contraire, à la fin, le personnage principal survit, abandonne son message, sa voix pour devenir un bruit, un mur-mure.
***