31.12.09

31 décembre 2009

J'étouffe ici. Déceptions envers ceux-ci et ces autres, leur voracité, leur égoïsme, leur détresse latente et gangrenée. Je les vois, attablés, à s'inventer des rôles, des espoirs, des mensonges pour eux-même et pour les autres. Je n'ai pas ma place ici. Je rêve d'un vol, d'un départ, d'un voyage initiatique et mystique à travers les déserts humains.

J'espère que je pourrais mettre assez d'argent de côté pour aller voir la mer cet été, pour affronter l'âme de la mer, son cris et ses caresses humides sur mon visage. Je dois revivre là-bas, ailleurs, dans ce monde-là: existe-t-il? Y survivrais-je?

Dépérir. Mon âme n'attend que ça, ne vit que ça. Pourtant, je vis avec une certaine résignation. Résignation pour la vie, pour son sens, pour le hasard qui fait que je suis ici et non là-bas, que je suis en vie et en santé et que d'autres meurent de faim, sont violés, brisés à coup de machette ou de mitraillette. Le bruit des bombes est-il préférable au bruit de ces gens avec qui je ne me sens pas libre d'exister.

Je veux exister dans ma poésie, dans mon corps poétisé. Je veux sentir mon sang qui coule comme le chant d'une rivière, les pores de ma peau comme les fleurs d'un jardin, mes doigts effilés comme des branches d'arbre. Je veux vieillir dans mon âme, apprendre ce qu'il y a de plus humain en moi et le leur montrer. Je veux grandir dans une forêt ou devant une mer, avec une femme qui m'apprendra à aimer, pansera mes plaies et me donnera un enfant peut-être. Oui, je veux devenir grand-père et marcher avec une canne, sentir mes os craquelés, mon coeur malade et mes yeux couverts d'un voile blanc; la vieillesse n'est pas une condamnation, mais une étape dans la vie où on comprend l'importance de chaque geste, du souffle qui pourrait être le dernier. Je veux prendre un enfant sur mes genoux et lui donner un morceau de caramel. Je veux aimer, oui.

Mais rien de cela n'arrivera. Je sens en moi une violence qui devient de plus en plus insupportable. Une haine de ce pays, de cette société dégénéré, de ces codes sociaux qui ne me disent plus rien. Je sens en moi une colère, celle de l'injustice, des peuples oubliés, des massacres. Je ne sais pas encore si je vais y survivre.

***

Requiems bleus est presque terminé. C'est un premier jalon dans le « cycle de l'Impossible ». J'ai en tête deux pièces de théâtre et un roman. Tous dans le même ton que le recueil, mais en explorant une facette autre de la question. J'aimerai avoir terminé une des pièces pour l'été. Je veux aussi me remettre à l'écriture de poèmes. L'Ode et l'Idylle en seront les premiers textes. Peut-être même les croquis.

Une nouvelle année. Je me sens inspiré. Prêt. Combien de temps durera ce vol? Comment se ferra la chute?


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