30.1.10

30 janvier 2010


« Dans le silence on n’entend plus que la rumeur du fleuve. -
Ici nous sommes les derniers, la dernière place parmi les derniers. »
« Tribus de chiens assemblés dans des cités et rongeant des idées. »
« Écrire naturellement. Publier naturellement et
payer le prix de tout ceci, naturellement. »
Albert CAMUS

Je ne fais plus d’idée. L’écriture ne me sauvera pas. Cela ne sauve personne d’ailleurs. Pourtant, quel plaisir! Une joie , certes, mais qui coûte.

Dehors, journée blanche. La neige habille tout. Je ne suis pas sorti, mais je devine le froid qu’il fait malgré le soleil. Je voudrais me concentrer sur mes travaux, mais depuis deux jours je suis pris dans le torrent de la lecture. J’aime lire sans m’imposer un livre précis. Un roman (L’étrange disparition d’Esme Lennox), le journal et L’Art de V. W., les Carnets (III) d’A. C. Je crois terminé Esme très bientôt, le tout se lit avec une incroyable facilité et surtout que le sujet me plait. L’enfermement forcé d’une femme dans un asile.

Donc, c’est bien quatre ou cinq ouvrages qui accompagnent mes journées d’ennui ou de solitude. Généralement, sur quatre, j’en finis deux dans une période acceptable et les autres, je les range pour les lire plus tard. C’est bien là l’avantage du livre! Nous pouvons y revenir quand on en ressent l’envie. Le film procure un plaisir différent. Il détend, ne demande pas beaucoup à l’esprit. Cela ne veut pas dire que le film soit mauvais. Au contraire, le film est une invention magnifique: il retranscrit différemment la réalité (?). À ce propos, un film intéressant vu hiers: Thomas est amoureux. Deux approches qui m’ont beaucoup plus: 1) Un film à la deuxième personne. En d’autres mots, on « est » le personnage principal. Cela a déjà été utilisé plus d’une fois dans les livres, mais c’était la première fois que je vivais l’expérience à travers un film. 2) Le sujet; soit la transformation du « réel » vers le « virtuel ». Pouvons-nous vivre des relations amoureuses/sexuelles à travers l’informatique? Avec la popularité des jeux 3D où on a un avatar, où on peut « recréer » notre vie, c’est une question à se poser. Dans l’avenir, les hommes auront-ils encore des contacts physiques? Qu’est-ce que le réel, après tout? Peut-être dira-t-on, dans dix ou vingt ans, les réels, les réalités. Cela m’a fait penser à Ben X, mais dans ce film, il était aussi question de la maladie, de l’exclusion qu’elle crée.

Je dois aussi travailler sur l’écriture d’une nouvelle pour l’Écrit. Le thème est l’auteur argentin Jorge Luis Borges. Je connaissais de renom, mais je n’avais jamais ouvert un de ses livres. J’ai lu quelques nouvelles de Fictions. Cela me plait. La rigueur avec laquelle il travaille la fiction m'impressionne. J'ai quelque part qu’il regrettait le titre du recueil, car cela disait d’avance le sujet de ses textes(un peu comme Proust; « recherche de la Vérité » aurait été trop en dire qu'il croyait). D'après moi, le titre est judicieux, puisqu'il nous met dans une position délicate dès la première lecture. On se demande s’il s’agit réellement de fiction tant chaque « univers » est calculé, ordonné, analysé de manière très scientifique. Pour ce qui est de ce que j’écris, pour le moment cela ressemble à un pastiche, mais je ne crois pas me limiter à cela, ou peut-être, je ne sais pas. Mon but est simplement d’expérimenter, de laisser aller. Les idées qui composent Frictions (le lien avec Borges est évident, et voulu) me sont venues il y a quelques semaines déjà. Il ne me restait qu’à retrouver l’esprit de travail, à me vider de mes pensées, de l’Autre qui me surveille et attend.

Je voulais aussi parler du/des poème(s). J’ai trouvé un titre. Dernière le titre, je veux exprimer l’immensité infinie, mais aussi le flux et le reflux des mots qui arrivent, tambourinent sur mes pages-il est donc question de la mer. J’ai acheté deux petits cahiers (de la compagnie Semikolon) au début de la session. Le premier sert de maquette et de brouillon au poème. L’autre était destinée à l’élaboration de théories de travail, mais pour l’instant je m'accommode de ce carnet. Aussi, j’ai décidé de retravailler Requiems. La raison est que j’ai encore des doutes sur l’ensemble. Je crois que la patience est ce qui fait un bon écrivain d’un mauvais. La patience qu’il faut pour trouver les idées, puis trouver les mots, enfin écrire, puis réécrire et enfin abandonner le tout pour recommencer. Loin de moi de prétendre au titre, mais je veux que ce recueil exprime le mieux possible ce qu’il doit dire.

J’en reste ici. Je crois que je vais faire quelques lectures scolaires. Le soleil, peut-être, si j’ai du courage.

1 discussion(s):

Sandrine Boréale a dit…

ça faisait longtemps que j'étais venue
je suis contente de te retrouver