4.9.07

Visage

Inspiré de F. Pessoa.

J’ai ce visage triste qu’ont ces fleurs
qui ont grandis en pleine ville, loin
des plaines verdoyantes ou des sombres forêts.

(On peut dire que je suis d’une tristesse floral.)

Ces petites choses naissent
dans un sol infecte et empoisonné,
s’y nourrissent de mauvais détergents et
de pluies acides.
Comme moi, pourtant, elles affichent toujours
une mine fière, la tête haute, vers le soleil, et
le corps-tige pointé vers les cieux, comme si la graine qui les a vu éclore,
aurait dût (sans l’intervention divine: car Dieu créa toute chose) éclore dans ce paysage bleu blanc.

(L’erreur est (sans aucune doute) divine presque aussi qu’humaine.)

Elles, les petites chimères citadines,
m’ont montré plus de beautés
que j’en ai retrouvé dans le parfum nauséabond
qu’est l’humanité.

Elles m’ont dit outrageusement, un soir d’été : « L’odeur forte des vies qui suintent à travers ces immenses blocs de pierres nous exaspèrent autant, sinon plus, que les piaillements éphémères dont ils [les hommes] se nourrissent » et je les ais CRUES car, on le sait tous, la Vérité est née avant les hommes.

Et, elles Y -le monde : l’enfer- étaient avant nous.

Je les ai regardé, fétiches et frêles,
presque sans défense, et
je me suis rendu à l’évidence
certaine que la beauté-la Vérité-
étaient à nos pieds, depuis tout ce temps!

(La vérité n’existe que pour ceux qui la cherchent : -Et moi, je n’ai rien cherché!)

Le plus dur, ce soir, c’est de dire que j’ai tué la beauté.

(En marchant!)
(L’erreur est humaine, cette fois-ci.)