3.9.07

Plaie

J’ai cette vieille plaie qui me démange. Elle gruge en moi, me suce, m’asticote l’âme. Elle est tenace; partout où que j’aille, elle se cramponne à moi. Elle transforme toutes ces séries d’image, qui une à une passe dans ma vision, en d’horribles choses : paysages ignobles, personnages grotesques, discussions misérables. Le pathétisme de cette situation me fatigue; et je ne sais que faire! Je suis là, à me gratter, à tasser la petite peau qui se referme sur elle -la plaie-, à la mettre à découvert. Mais rien à faire, elle prend de la place. Elle atteint bientôt la jambe entière, les bras, la tête… C’est la mort en marche! Je n’ai plus l’illusion de m’en sortir un jour, elle qui m’obsède depuis longtemps, je connais ses moindres petites histoires, ses moindres petits secrets, mensonges et vices. Mort, je t’attend. De pied ferme. -Ha, mon pied! Je n’ai plus de pied! Je te maudis! Assez, vite! je livre ici le testament de mes organes :

Œil, laboureur d’images. J’ai la langue qui ne parle que par toi. Que pour toi. Le corps entier est témoins de tes fantasmes honteux, toi qui me fait bander par ton seul pouvoir! Œil! Œdipe comme tuteur, je te crèverais pour ne plus jamais voir, plus jamais souffrir d’illusions malsaines.

Langue, perfide ennemi. L’œil t’a conduit à te mouvoir sans penser. Pense, pense, sept fois avant! Ennemi de mon silence, négrier de ma vie. La faim t’es déchu. Ainsi que la soif. Assez de toi, tu as le sang sur toi. Laves toi, porc au milles papilles.

Sang, sang! Il me faut du sang. Ce n’est pas facile avec ce cœur malade. La mort s’insère. Finissons en avec ce testament..

Main, ta volonté propre sera mon échec. Fidèle amie, chef d’orchestre de mon Orgie satanique.

Jambes, traqueur de paysages célèstes, et vous, mes pieds, où le sable fin vient nager. Je vous envie, vous qui foulez la terre et endurez les durs labeurs dont je suis l’inquisiteur. Armez vous de courage, voici ou voilà la Fin.

J’ai le corps empoisonné. Plaie de ma vie, toi qui me retient maintenant (immobile) dans ce pays aux couleurs étranges, aux formes maladroites, aux idées trop étroites. Finis moi! je n’en peux plus. Ou je me jetterais moi même dans cette poésie mortuaire :

Fléchissements d’âme : Dégarnissez moi le cœur. Amadouer mon monde. Venez, tombez. L’éclair de ma folie. Aufklereien, Hoegarden, Cavalier blanc, Bailey’s. Je -quel jeu?- tâcherais à me montrer plus droit, à m’inventer, pour vous, par vous. Glissements d’idées folles. Soupir. Ha, ce jeu -je- est mien.

Je n’en peux plus. J’ai le tournis. Course folle dans ces mots qui diffusent leur poison empesté dans ma plaie nécrosé. Le jeu ne m’inspire plus. Restons en ici. Laissons nous mourir, finir. La patience est un bon remède.