7.1.11

Seul et seul


Le plus difficile, il me semble, ce n'est pas de savoir vivre, mais de savoir vivre avec soi. C'est dans sa solitude que nous éprouvons la vie, et parce que nous sommes incapable de la supporter, que nous souffrons profondément de ce que nous sommes, nous recherchons à vivre à partir des autres. Or, si tous nous ne vivons pas (il y a bien des exceptions) et que nous nous projetons dans la vie des autres, qui vit notre vie?

C'est peut-être là le sort de l'écrivain, de romancer ces vies abandonnées, ces existences qu'on n'a pas sues vivre.

Je repense à cette formule de Miron: seul et seul. Elle fascine, procure une vision du monde et de la solitude qui le contient. En effet, même dans nos solitudes communes, nous ne saurions vivre ensemble, former un tout. C'est donc qu'une division existe entre les êtres, une division que même l'art n'a pas pu combler. Le divorce du monde et de l'homme est ce que Camus appelle l'absurde. Je préfère dire que cette relation (ou cette absence de relation) n'est pas l'absurde, mais la naissance. En effet, naître, c'est se couper du monde, devenir une conscience, un individu unique et seul.