29.1.11

L'île

Tout est une perte de temps. Pourquoi suis-je encore ici, avec cet espoir fou, démesuré, faux, ce rêve de réussites, de survies? Je marche dans un désert peuplé de visages flous, je n'entend que les rires et les moqueries. Suis-je fou? Si je ne le suis pas, alors j'espère le devenir, me perdre dans ce monde et y mourir dans un délire. Cela serait mieux que cette acuité trompeuse de mon esprit qui croit avoir tout vécu et ne vivre rien. Car au fond, qu'ai-je donc vécu? Qu'ai-je donc connu? Qui ai-je été jusqu'à maintenant?

Ces derniers mois -depuis ce souper chez A. alors que je lisais dans ses yeux la rupture (volontaire) qui allait advenir- je ne ressens plus le besoin d'exister pour quiconque. Je ne vois plus l'intérêt de vivre, de me battre contre moi-même. Je ferme donc les yeux. Pour ne pas voir. Pour ne rien voir le matin en me levant. Parfois, je triche, j'ouvre un oeil, histoire de reconnaître mon reflet, de me donner un corps. Mais sans plus. Je n'aspire à rien. Vouloir, toujours vouloir. J'ai bien trop quémander dans ma vie. Je n'ai plus les forces de lever les mains, alors je me contente de ce qui reste au sol: des traces de pas abandonnées dans la neige, des mégots de cigarette, des sacs de plastique, de la merde ou de l'urine des chiens. Ma vie est sans doute cela, un espace qu'on ne voit pas, sur lequel on marche sans s'en rendre compte, qu'on écrase et qu'on malmène de nos pieds.

L'autre jour, je me surprenais à me rendre compte que je n'ai plus de lien avec personne. Je parle aux uns et aux autres, mais en réalité je sais que je pourrai bien me passer d'eux et eux de moi. Alors pourquoi cette douleur quand on m'ignore, quand on cesse de me voir? Pourquoi dois-je exister chez les autres pour exister en moi?

L'hiver habille encore nos arbres. Je m'ennuie de la chaleur et du soleil – je dois bien être une créature solaire, un être marin. Je me vois très bien sur une plage, avec une petite embarcation flottant dans l'eau. Je regarde au loin et ne voit qu'un immense vide bleu et blanc. Je cours nu vers la mer et m'y baigne, j'y plonge jusqu'à plus avoir de souffle. Puis, je remonte et je constate que ma vie commence là, sur cette minuscule île, à l'abris.

Je dois en finir avec cette vie inutile et vide.