3.2.11

Les coupures de l'être

Je ne me souviens plus de ce que ça fait que d’être vivant, d’être aimé. Encore cette aliénation : celle de croire qu’on n’existe par l’amour des autres ou l’amour de soi. Les pensées reviennent, ces voix qui m’auscultent l’âme. Des aiguilles. J’ai bien peur que l’existence ne soit que cela, cette éternelle lutte entre ce que nous sommes et ce que nous désirons être. La cruauté existe et se manifeste avec l’impossible, l’inaccessible et lourd devoir : vivre. Dans mes Réflexions, je désire mettre en lumière la différence entre l’existence et la vie, entre le vivre et l’exister.

J’ai imprimé le soleil dans mes dernières notes de cours. J’étais en classe et je ne parlais pas. Je gribouillais des morceaux d’astres, des étoiles et des soleils, il y vivait des bêtes sombres et cruelles, ces mêmes êtres qui me sont apparus un jour alors que j’étais dans le métro. Une dame assise, puis, sa bouche qui s’ouvre et de laquelle sort cette grande bête verte et hideuse. J’ai refermé les yeux parce que je venais de voir l’âme humaine.

Ces derniers jours, chute terrible. Retour à la case départ. Il y a bien ce changement de ton du Moi, mais en réalité, je suis toujours au bord du précipice. Cela est pire quand je suis entouré. Être dans une foule et être seul, quel ironie. Autre ironie, ces paroles que M-A a dite sans s’en rendre compte, encore sur mon manque de virilité. À la limite, je n’aurai aucun mal à vivre en tant qu’homosexuel, mais le problème est que je ne le suis pas. Je me demande ce qui est pire, ce qui est le plus douloureux entre les deux. La seconde ironie, la voici : être entouré de femmes, mais rejeté d’elles. Ce poème de Nelligan, cette ivresse, ce « Je suis gai! » : un appel, et personne pour répondre, personne pour comprendre.

À propos de la crise au Maghreb, faudra-t-il un Napoléon et un Directoire? Une seule certitude sur les révolutions, elles finissent tous dans le sang, sinon ce n’en est pas. Le sang est le prix à payer pour être libre, la mort est la liberté suprême.

Hier, conférence au consulat américain sur le Civil rights movement. Discussion privée avec le consul et la vice-consul. Impression : des Blancs essayant de voler la seule véritable « victoire » noire, celle de voter dans un pays où ils demeureront pauvres toutes leur vie. (Comprendre : la pauvreté est la nouvelle forme de servitude.) Conclusion: Dois-je en arriver là pour réussir?