22.5.10

Bonjour, apparence


Je viens de refermer La Vie aux aguets de William Byod. La qualité de l'auteur est une grande connaissance historique qu'on remarque dès les premières pages du roman d'espionnage. L'utilisation du latin -Byod est professeur à Oxford- est quelque peu de trop dans ce récit, il laisse un côté intellectuel que je n'apprécie pas beaucoup. Je souris néanmoins en terminant la toute dernière page de l'histoire d'Eva Delectorskaya et sa fille Ruth (ainsi que tous les personnages qui tournent autour de ces dernières). On sent la ficelle derrière chaque action, chaque mot, chaque pensée des personnages. Rien n'est laissé au hasard et c'est peut-être là ce qui m'a plu dans ma lecture, l'impression de voir un film d'action devant moi. En ce sens, je m'intrigue moi-même quant à la manière d'écrire, de rythmer une histoire pour ne pas endormir le lecteur (et m'endormir moi-même). En rouvrant le manuscrit d'une cinquantaine de pages maintenant, je me sens las. J'ai fait un choix dans le déroulement de l'histoire (le moment où Matias et Louis vont sur l'île) qui m'empêche de progresser, car je le remets toujours en question. C'est là quelque chose qui arrive souvent dans l'écriture d'un texte, on arrive devant un mur blanc et on se demande s'il ne faut pas faire demi-tour. J'ai toutefois décidé de me laisser aller et de voir ce qui arrivera, la correction pourra peut-être effacer la faiblesse de ce passage. Je dois ternir en compte ceci: le message ne doit pas prendre le dessus sur la narration. En lisant les dernières pages de La Vie aux aguets, je me suis rendu compte de la manière subtile d'amener le message (le moment où Ruth observe sa mère et se rend compte qu'elle demeura toute sa vie « aux aguets »; cette prise de conscience est magique, surtout la scène avec les arbres et le vent). Au début, j'avançais avec cette conduite, mais depuis le passage de l'île, j'ai perdu mon combat. Je vais donc travailler cela.

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Livres achetés: Col de l'Ange de Simonetta Greggio, La trilogie berlinoise de Philip Kerr et Le don de Vorace de Félix Franscisco Casanova.

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Hier, Doe Deer de CC au maximum avant de sortir. J'avais la tête qui tournait par le plaisir vertigineux des amphétamines. Les pupilles dilatées, la mâchoire crispée, la salive vient à manquer une fois sur la piste de danse. Du sang coulait de mes narines à force de sentir la douce euphorie de la drogue et de l'alcool. La sueur sur mon front. Mes mains palpants d'autres mains et des jambes s'ouvrent et se décroisent. Deux ou trois érections. On brûle des étoiles dans nos coeurs, ô jeunesse dépressioniste. Il y a M-E qui arrive et me sourit. Sur son visage, une langue violette, puis verte lèche son visage à la blancheur cristalline-qui me fait penser aux photos d'Anna. Ses mains douces et gentilles me prennent, nous dansons dans une sorte de rêve éveillé. Autour, les visages s'allongent, les cris se perdent, des bras s'élancent et s'abaissent. Dans sa chevelure, je pleure un peu ma vie, sans comprendre pourquoi. C'est peut-être ce parfum d'eau de rose, je ne sais pas. Nous tournons, nous déambulons dans un surmonde, où les sensations sont amplifiés. Ici, on se touche l'âme. Nos mains se font l'amour. Nos coeurs, vivent une révolution. C'est le désert chaud sur nos peaux.
Une fois dehors, on déambule dans la ville morte. Le flot habituel des cris, des sirènes et des silhouettes chics. Je repense à ce que Rimbaud écrivait à Paul Demeny. Il faut connaître toutes forme d'amour, de souffrance, de folie. S'implanter et cultiver des verrues. Je masque l'ironie derrière une sourire amère et secret que seul la nuit peut voir. Au loin, le soleil se lève et j'embrasse une bouche sans visage. Dans les draps, je sentais mon souffle et sa peau, le monde à venir et à aimer, une vie qui brûlait sous son sein. « Bonjour, apparence », disait Mersault.