29.3.10

Un sens vital



Je me demande s’il ne faut pas oublier qu’on existe, oublier ce que l’on ressent de vrai et donner toutes ses forces, son énergie vital, dans le simulacre. La raison nous force à croire à un sens à tout ceci, à ces agissements, à l’intelligence de ce qu’on est entrain d’accomplir; or, je me rends compte qu’il n’y a pas de place pour ce sens, pour cette intelligence. Nous vivons ignares et ignorants, nous vivons avec des préceptes qui existent depuis des siècles, héritages des sociétés qui nous ont vu naître. Nous vivons ce qu’on nous a appris à vivre et à ressentir, à croire et à défendre. Le bien, l’amitié, la fratrie, l’amour, tout ceci n’a de sens dans un monde où il n’y a que souffrances, méchancetés, jalousies et envies. En ce sens, tout ce que nous vivons depuis notre naissance est faux, est simulé par et pour nous. Je n’accepte pas de vivre dans le mensonge, mais je fais parti de mon mensonge et du mensonge des autres. La seule certitude que j’ai, ici, attablé dans ce café, avec ces étrangers et ce jour gris dans la fenêtre, c’est que tout ceci est faux. Même cette certitude, je doute de sa véracité. Avec ma seule force, j’espère pouvoir survivre à ma propre condamnation, à mes propres désillusions, car, je m’en rends compte maintenant, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Et pourtant, nous la vivons, inlassablement, avec fatigue et ennuie. Je crois que ce qui maintient un homme vivant dans un monde insensé, c’est la mort. La mort est le sens de la vie, sa condition et sa nécessité. Nous venons au monde pour y mourir, voilà la tragique beauté de notre existence.

Où est le soleil? Il s’en est allé, comme les joies heureuses et naïves de l’enfance. Me voilà enfant dans un monde d’adultes. Me voilà vrai dans un monde faux. Me voilà seul dans un monde trop plein. La seule chose que j’envie aux religieux, c’est de donner un sens, même si, à mon sens, c’est une illusion de plus, à cette vie et au monde dans lequel tant d’injustices, tant de malheurs et de souffrances ont place.

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Menu (restaurant): Rosée d’hybuscus, burger et frites.
Menu d’hier (maison): Éperlans frits, riz et salade de tomates et feta.