
J'ai l'impression d'attendre quelque chose de la vie. Pour l'instant, cette chose m'est encore inconnue. Je ne fais que traverser ces lieux, écouter, rester attentif, près à la reconnaître lorsqu'elle surgira. Je considère cette attente comme une nécessité en soi, une préparation à recevoir en moi cette véritable raison de vivre. Une raison de vivre, en avons-nous réellement? J'en doute. Si, au moins, j'avais un amour, quelqu'un qui aimer, me dévouer, alors je pourrais croire en cette raison-là. L'amour me fait peur comme il crée en moins un manque vertigineux. Il s'agit, en fait, d'un don de soi pour soi. On veut, par l'amour, se mettre devant soi et se dire que quelqu'un tient à ce reflet qu'on renvoie, à cette image, à ce corps et, peut-être, à cet esprit.
Est-ce que j'ai aimer? Oui, sporadiquement. J'ai connu deux grands amours dans ma jeune vie. Tous deux désastreuses, tous deux faits avec la maladresse d'un homme qui craint le pouvoir d'une femme sur lui. Les femmes ont une force qu'elles n'imaginent pas. Une amie féministe me disait ceci: les hommes craignent les femmes parce que leur sexualité, comme leur virilité (chose encore très important de nos jours), ne se fait que par l'intermédiaire de l'autre. Sans la femme, l'homme, tel qu'on le décrit, tel qu'on le pense, n'existe tout simplement pas. Du point de vue féministe, cette réflexion est intéressante. Je ne me considère pas féministe, mais cette idée rejoint beaucoup ma propre conception des relations hommes-femmes qui existent depuis des millénaires.
Dans mon cas, je dirais que j'attends plus d'une femme qu'un simple accès à ma sexualité ou ma virilité. Je ne pourrai pas vraiment préciser ma pensée. Je sais seulement que c'est, peut-être, une des raisons pour laquelle je ne m'attache pas à une seule femme ou encore que je m'y attaches trop et trop vite et que j'en souffre terriblement. J'ai encore une conception très romantique, une conception passionnelle de l'amour. J'exiges de l'autre un sacrifice, une douleur. J'exiges le don de l'autre. Et moi, en suis-je capable? Suis-je capable de me donner corps et âme à une seule personne, à un seul amour, à une seule beauté?
J'attends chez l'autre une raison de vivre. C'est un amour malsain. C'est un amour de papier, un amour illusoire. De nos jours, on n'aime pas avec son âme. Ceux qui le font en souffre. C'est pour échapper à la souffrance du rejet, à la honte qu'il engendre, que je ne me concentres plus sur les rapports que j'ai avec mon coeur. J'ai décidé de n'aimer qu'une seule chose, le sentiment d'exister que peut me procurer une personne. Quitte à ce que ce sois une seule nuit ou encore par un coup d'oeil. Le sentiment de sentir ma peau.
Pourtant, tout ce que je veux, c'est qu'on me fasse ressentir mon âme, ma vie. J'attends donc.