27.3.10

Sans issue


Ombres orangées sur mon mur. C'est le soleil d'après-midi qui finit sa course, se perd, quelque part dans la ville. J'ai une chambre assez spacieuse. Sur deux des murs, divers photos, allant de soirées d'anniversaires ou sorties avec des amis à des reproductions miniatures de photographies d'Albert Camus, de Virginia Woolf, de Cat Power, de Metric, etc.... Il y aussi des photographies que j'ai prises pour m'inspirer des paysages lorsque j'écris (scènes d'eau, forêt, plage). À l'heure qu'il est, c'est une chambre plongée dans une demi-pénombre. Ma grande fenêtre donne sur la cours arrière où je peux voir la basse-ville, d'où le coucher de soleil qui se dépose sur mon mur. Je me souviens, l'été, je fais des siestes, la fenêtre ouverte et j'ouvre les yeux sur cette vue magnifique du soleil couchant sur la ville. Cette vue m'a manquée durant tout l'hiver. Elle me réconforte l'âme aussi. Rien n'a de goût, rien n'a d'essence. Tout est superflu. Tout est comédie. Tout est joué, simulé depuis deux jours. Le silence, ce précieux silence, est maintenant plus oppressant, mais aussi plus nécessaire. Je n'ai rien à dire et tout à dire à la fois. Contradiction, donc, dans le fait de dire et de se taire, d'exister pour les autres et de mourir par eux. Je relis les derniers textes que j'ai écris. Je regrette de les avoir composés. Je regrette le fait de mentir sur ce que je suis alors que tout est là. Lorsqu'on me dit: « qui est tu? », j'ai l'impression que je pourrai simplement sortir tous ces personnages, tous ces récits et leur demander de choisir. Je suis Bérangère, Donna, Lyne et Thérèse, je suis la mère tuant ses enfants, je suis les cris d'Elle et de Lui, je suis l'âme de Virginia/Albert, je suis le monde et le paysage que je décris. Comment, après cela, me demander de me décrire plus que ce que je fais tous les jours? Comment prétendre que je n'existe pas, moi, que je n'ai pas d'identité, alors que je vis plusieurs vies, que je meurs plusieurs fois? Ce fantasme, celui de la mort ou du suicide, n'est-il pas la raison qui me permet d'écrire? Il me permet de mettre en scène ma propre mort sans devoir vivre avec les conséquences. C'est ce que Camus a appelé « la mort consciente ».

Qu'ai-je à offrir au monde? Tout ce que j'écris, ce sont d'autres qui l'ont dit. Ma voix est une ombre silencieuse masquée sous les formes d'un cris faux et simulé. Ce monde est sans issue, disait Gaston Miron. Il n'a pas tort. Peu importe le choix qu'on fait, on meurt à tous les coups. Alors, à quoi bon vivre?

Le soleil s'en est allé. Me voilà seule dans la noirceur à contempler les verrues de mon âme.

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Hier, film: Shutter Island. Bonne appréciation. Un suspense incroyable. Très belles scènes poétiques. Encore une preuve du pouvoir du film, de la poésie filmée: scène du rêve entre Teddy et sa femme qui brûle, les cendres! avec l'excellente musique de Max Ritcher en fond sonore, déchirante, éprouvante. Pendant toute la durée de scène, j'ai senti des larmes sur mon âme et j'ai regardé n., je l'ai vu dans cette salle, blanche et belle, brûlante et attirante, et j'ai compris que je n'aurai jamais droit de toucher sa main et son âme. J'ai pleuré en rentrant dans le froid et le noir.