8.2.10

9 février / Théorie

Il me semble que je prend peu le temps d’écrire ici pendant les moments de gaieté qui me viennent parfois. Il drôle de constater les quelques obsessions qui me viennent quand je pense à la vie, à ma vie: la mer (que je n’ai vu qu’une fois, mais plusieurs fois dans ma tête), les arbres (-dont une branche cassé m’a fait repenser à ma vie-), la vieillesse (oui, une peur horrible me prend quand je pense que ceux que j’aime vont vieillir, que je vieilli aussi, que nous finirons tous comme ces vieux dans les centres), la mort/le suicide (-rien n’est plus étrange qu’un homme qui meurt: pourquoi?/comment?/qui? Qui est l’homme qui meurt? Moi?), l’amour.

Parlant d’amour. Parlons, un peu, d’un amour. De l’amour de ce jour. Comment la décrire? Quand je dis son nom, je pense aux pays de sable, aux oasis, aux palais dorées des sultans. Encore faut-il lui trouver un nom qui rappelle aussi le bruit saccadé de mon coeur, les larmes dans les yeux - comme s’ils fixaient un soleil -, la tête qui tourne. Elle était là, pour la troisième fois, dans cette cafétéria bondée et nous nous parlions. Son parfum rappelle quelques effluves d’une fleur sauvage, éphémère, le genre de fleur qu’on ne cueille pas de peur de ne pas la voir se reproduire. À sa façon de parler, on reconnaît une intelligence certaine pour la chose qu’est la vie, cette chose mystérieuse pourtant, qui, à ses yeux tient de l'évidence -elle me l'a dit!-. Elle a l’aura des astres nocturnes que l’on n’éteint pas le jour, qu’on laisse luire en pleine lumière, qui fait oublier Apollon et son chariot. Où était Apollon quand je l’ai croisée ce midi? Vaquant à quelques occupations ci-haut; peut-être était-il jaloux de tant de beautés? Oh, quel petit oiseau solitaire ai-je vu dans son regard? Oh, j’aimerai lui dire ces mots qui m’ont brûlés la langue, mais ces mots, ils effraient, ils inspirent le rejet et l’horreur. Peut-être que si j’avais un masque...? Peut-être les belles choses n’aiment pas cette laideur - au-delà des gestes, il y a aussi ce que je sais derrière tout ça, le faux! dans tout ce que je fais?

Me voilà à nouveau nostalgique et dramatique! Je devrais en rire, non? Rire de tout ce lyrisme pour cette étrangère (car oui, nous nous connaissons si peu). Est-ce là de l’amour? Aimer sans aimer? Aimer dans le rejet? Aimer, finalement, qu’on nous dise non? Aimer cette souffrance-là? Je crois qu’il y a aussi de l’entêtement. Un certain entêtement à vouloir croire que mon salut se trouve chez l’autre, alors qu’il est en moi. Il n’y a pas, je le sais, d’Autre-Moi, d’une moitié à retrouver. Si elle existait, encore faut-il que je la désire, cette moitié, et que je l’aime. J’aimerai pouvoir aimer une femme que je ne désire point. J’aimerai pouvoir désirer une femme qu’on ne désire pas; j’y trouverai peut-être aussi mon compte? Aime-t-on ce qu'on désire ou désire-t-on ce qu'on aime? Une connaissance à moi me disait avoir été avec une fille pendant plus de deux années sans jamais l’avoir réellement désirée. Il me disait qu’il avait peur d'être seul. Il avait donc pris la première à lui avoir dit oui. Aussi, il s'est mis à prétendre l'aimer, à se convaincre qu’il l'aimait. Cela lui a pris une année, l'autre, il a essayé d'oublié qu'il se mentait à lui-même. L’ironie, c’est que c’est elle qui est parti: elle a dit qu’elle ne l’aimait pas. Et lui? Il s’est mis en tête que c’était l’amour de sa vie! Encore aujourd’hui (et il est avec une nouvelle fille), il se rappelle de S. et se dit que ce fut sa plus grande histoire d’amour. Peut-être est-ce cela l’amour? Une mensonge qu’on finit par croire? Je repense à Septimus, au fait qu’il a épousé une femme qu’il n’aimait pas et à la nature humaine qui lui reprochait cela. Me reprochera-t-elle cela moi aussi?

Revenons à la littérature. Ce soir, il y avait un atelier autour de Borges pour une parution à venir. Un exercice intéressant fut d’écrire le synopsis d’un livre qu’on n’a pas écrit. Donc, voici une retranscription. À conserver pour plus tard, vu que je ne l’ai pas écrit dans le second cahier-il lui faut un titre-.

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Théorie: Mémoires/Temps

La mémoire des personnages: Le livre se présente sous la forme d’un monologue intérieur d’un suprapersonnage; c.-a-d. une symbiose de plusieurs personnages qui vivent tous un drame à un moment précis (temps 1). Le s. p. relate un autre événement qui arrive dans le passé des personnages (temps -1) pour revenir au moment présent (temps 0). Ainsi, on sait le passé, le présent et le futur (temps -1, 0 et 1) des personnages. Le s. p. = mémoire.

La physique des personnages: Qui est le s. p. ? Objet/Humain/Dieu? Lors du récit des indices sont donnés :
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..le chapeau (qui passe d’un individu à un autre)
...la victime (drame finale) qui croise les personnages au temps -1 et 0.
...un dieu/être divin qui gravite et intervient dans la vie de chacun.


Thème: Jeunesse (soleil), amour/traîtrise, amitié, meurtre

Narration: Double => présent/absent

Décors: Océan, plage, chambre d’hôtel, route, parc.