Je ne suis plus dans ce que je qualifiais, d'« état convenable ». Convenable pour la société, pour la socialisation, car stable. Sans cette voix derrière moi qui réclame ma mort, qui se réclame de ma vie, qui juge avec une dureté cruelle tout ce que je fais, je pense et je vis.
Tout ceci est vain, me dit-elle, tout ceci n'est qu'une parade devant l'absurde, le mensonge que je mène à tous. Ces derniers jours, l'écriture m'avait permise de vivre autrement avec l'Autre -la voix-, dans les mots, avec leur aide et leur support. Aujourd'hui, ce soir, me revoilà à nouveau à me battre contre les mêmes peurs, les mêmes idées, la même colère... Tout ça pour en arriver ici, devant la très attendue scène de où la mort est la seule opportunité, la seule réponse à l'imposture, à l'absurde.
Voilà qu'elle me crie: imposture, imposture, imposture. Envers la vie, comme envers l'écriture et tout le reste. Pourquoi écrire ce qui a déjà été dit avec plus de talent avant moi? Je le dis si maladroitement, si malheureusement? Pourrais-je vivre heureux? Pourrais-je réellement me sentir bien et complet, ne demander rien de plus que ce que j'aie devant moi à chaque jour? Est-ce que le bonheur me suffirait si je le trouvais? Aurais-je le courage de l'accepter tel qu'il me vient et non tel que je voudrais qu'il soit?
Le malheur est bien plus facile, il me semble.
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Livres en cours:
-Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky.
-Oeuvres complètes, Borges (pour concours)
-Guerre et Paix, Tolstoï
-Le passé devant soi, Gilbert Gatore
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Qu'est-ce que la présence? Pouvons-nous exister et ne pas être présent? Il me semble que parfois je ne suis pas dans ce corps, je ne suis pas dans ce monde. Je parle, mais on n'écoute pas le bruit que font mes os, que font mes organes, que fait mon coeur malade ou mes poumons plein d'eau. Je parle, dans une langue qu'on accuse à tort d'être celle des artistes, celle des souffrants, des âmes torturés. Je parle avec mon silence, avec mon visage vide d'expressions. Parfois, j'y met une sourire ou une rire, j'imite une expression apprise. Que veux dire ces actions? Cette posture? Imposture!
Je me demande s'il voit la même peine que j'ai en moi. Et qu'y peuvent-ils au fond? Rien, rien, rien. Le malheur n'habille que l'individu. Socialement, il est disgracieux de ne pas avoir bonne mine, de se plaindre pour des riens.
L'autre jour, j'ai été surpris de constater combien les gens n'expriment pas ce qu'ils pensent au fond. « On a tous peur les uns des autres », disait-elle. C'est vrai. C'est totalement vrai. Ainsi, nous nous effaçons derrière des façades, des murs qui nous protègent de ce désoeuvrement que nous pourrions ressentir si jamais on nous perçait à jour, si jamais on se rendait combien tout ceci ne tient pas. Un jour, je le crains, tout va s'effondrer. Toute cette comédie, je le sais, n'aura alors plus de raison d'être. Quand? Quand me sentira-t-on? Quand écoutera-t-on ce que j'ai à dire?
Et j'aimerai aimer. Aimer, oui, un être qui me sent et m'écoute. J'aimerai aussi aimer cet être, la désirer, la chérir et lui prendre la main, lui montrer les couleurs qu'ont les gouttes d'eau après la pluie, quand le soleil les traverse. L'amour, ce grand panthéon, ce rêve inaccessible. Que ferais-je une fois que j'aurais cette main? Je lui ferai mal, je le sais. Au fond, je sens cette noirceur qui grandit, qui me rend totalement froid devant les choses, les êtres, leur détresse.
Je sais qu'on peut devenir méchant par manque, par frustration. Je connais ces gens, je les ai soigné à l'hôpital. Je les vois et je sais qu'un jour, ce sera à moi qu'on donnera des injections de Lorazepam ou de Lithium. Je sais qu'un jour, on me droguera pour que je puisse ressentir quelque chose derrière mon mur.