9.12.09

9 décembre

Pourquoi ce mal? Ce dégoût dans la bouche et dans les yeux quand je me vois, que je me palpe et me sens. Toujours cette grande peine, peinte en noir, qui me suit, dans mon ombre, dans ma peau, dans mes profondeurs. Je haie cette vie et ce qu'elle m'offre, et ce que je prend, et ce que je convoite! Qu'ai-je donc, là au coeur? Qu'ai-je donc au point de ne plus respirer normalement, de ne plus ressentir les choses? Tout est comme cette neige sur mon visage; tout me glace! Et quel mal! Comme de centaines d'aiguilles qui m'entaillent la peau de la gorge! Et je ne peux pas pleurer, je ne peux pas me déchirer ou me rompre le cou! Je ne peux qu'acquiescer à la vie, que lui dire OUI, alors que tout en moi crie NON! Personne n'écoute, personne ne veut m'aimer, me protéger contre moi, contre ma douleur, contre cette place vide qui m'obsède, que je veux remplir mais qui se vide, continuellement, cette place que j'occupe! Comment mourir? Comment peut-on dire que mourir est si vite arriver? Tout se fait avec une lenteur calculée, sans empressement, année après année, mois après mois, jour après jour, heure après heure...

Et vivre? Pour quoi? Pour qui? Oh, il y a cette inquiétude de la peine que je pourrais causer, que je causerais: ces larmes, dans les yeux de ma mère. Je ne pourrai pas les supporter, m'en féliciter! Et je ne sais pas ce que je pourrai lui dire dans une lettre, juste avant?! Que dit-on avant de s'accrocher le cou au bout d'un corde, de se jeter dans la rue ou sur une rail de métro?

Je croyais qu'en venant dans cette ville, qu'en entrant à l'université, qu'en changeant de décors, de faux sourires; je me disais que je changerai aussi de vie! Quelle déception! Je suis le même qu'il y a un an, la même tristesse entre les dents, la même colère sourde dans mon dos voûté et mes yeux myopes. Rien, rien, rien ne change en moi, sur moi alors que tout en vérité est changé, les positions, les impressions, l'âge, tout chez les autres semblent suivre une route précise, connue d'eux-même. Et moi? Ce doute, cette impression d'avoir tout jouer!

Peut-être ai-je aucun talent théâtral, mais je sais jouer ma propre vie. Sourire. Rire. Vivre. Alors que tout est mort en moi. Imposture! C'est ce qu'ils crient! Qu'ils crieront peut-être un jour en comprenant les airs, les jeux, les mimiques. Un jour, on me débusquera. Mais, aujourd'hui, ce jeu. Jouons.

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