13.7.09

Errances (suite)



Quoi? Le ciel est peut-être plus que cette pression au coeur: il s’est attendri et le soleil! C’est de la houle, qui fait danser nos corps, que nous apprenons le poids de nos sentiments, de toutes ces ramifications conscientes et inconscientes d’où naissent l’insécurité commune aux grandes villes. Comme un couteau au coeur (un couteau dans le coeur; un couteau au travers du coeur; un couteau sur le coeur; un couteau dans un coeur), nous sentons notre rétine qui poignarde notre âme: oui, parce que sur ces lacs, nous apprenons que c’est ici que viennent mourir les âmes. Entre les exaltations du corps (le nôtre, il est si étrangement à sa place maintenant, ici: « Où est-ce que je pourrai venir faire reposer mon corps? Où pourrai-je lui apprendre la tendresse profonde et sincère qu’un corps peut éprouver pour un autre corps? »), nous apprenons à désirer ce frémissement qui naît entre un homme et une femme, sauf qu’ici, c’est cette présence invisible, féminine, qui protègent et accueillent tout ce qui dort au coeur de son ventre, c’est cette présence donc qui fait rougir nos joues comme de jeunes garçons découvrant le corps d’une femme, sa toute puissance, son magnétisme aussi! Nous ne le savons pas encore, mais peut-être est-ce cela la vie? Nous qui étions morts là-bas, en ville, ici nous éprouvons pour la première fois nos muscles, nous sentons nos corps endoloris, nos respirations brûlantes, nos âmes! (« C’est que pour savoir qui nous sommes, nous devons éprouver ce que nous sommes. Nous devons sentir notre chair qui sue sous un soleil de plomb, sentir la gerçure aux pieds et aux mains; nos poumons qui nous brûlent, il faut affronter cela et bien plus pour réellement reconnaître la place que notre corps occupe dans cette espace. S’il est facile de s’y perdre, il est encore plus facile de ne pas essayer de s’y retrouver. » ) Il y a toujours quelques lumières vertes au fond du lac, nous apprenons que le soleil y meurt un peu aussi. Comme la pagaie qui fracasse l’eau, il y a encore quelques visions qui déchirent notre âme: par exemple cette montagne où s’élève une rangée de conifères, on pourrait croire qu’ils ne sont que ceci, des arbres sur une montagne, mais on voit aussi des corps, comme des silhouettes qui tendent avec vaillance vers le ciel, vers le sommet de la montagne. Pouvons-nous dire des hommes qu’ils ont la même ténacité? Peuvent-ils s’exercer à la patience qu’il faut à un arbre pour ainsi tendre son corps, le modeler, le travailler au fil des saisons pour afin plonger, de ses doigts fourchus, les interstices tantôt dorées, tantôt grises, tantôt ocres ou ébènes du ciel? Mais pour en revenir à cette présence invisible qui semble faire agiter le feuillage des arbres et faire osciller l’eau des lacs, n’est-elle pas celle-là même qui fait naître les choses et les sentiments? N’est-elle pas la mère des poètes? Et la poésie, n'est-ce pas son écho ou peut-être sa langue? Peut-être que l’écriture peut aussi faire parler les arbres, traduire les lumières du lac et du ciel? Un reflet, la poésie. Un reflet de la vie peut-être? Non pas la poésie comme l’entendent les poètes modernes(« et qui ne me parlent pas. À qui parlent-ils d’ailleurs, ces poètes? Ces poètes écrivent comme certains travaillent: ces écrivains, ces artistes n’ont-ils pas défait l’art, son but, sa nécessité, son discours -celui du monde? »), plutôt la recherche poétique (et elle est longue! Parce que comment décrire en une phrase ce qui a pris dix milles ans à se former, à se présenter à nos yeux sous l’aspect d’une fleur, d’un chêne ou d’un rocher ou encore d’un homme!). C’est là notre unique intérêt (et bonheur) à toutes ces errances au coeur de la vie et des hommes. 

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