9.7.09

Errances


I

Nous y sommes, deux ou trois respirations encore et nous y voilà, devant un reflet. Nous venions de parcourir quelques kilomètres déjà, nous avions grimpés, toujours vers ce ciel, ce mur de brumes. Il y avait une rivière en bas, juste en dessous de nos pas et pourtant nos yeux s'étaient accoutumés aux râles du soleil, là, tu vois, vois-tu? Regardes, il y a même des étoiles qui brillent en plein jour, des Saturnes! Quelle mélancolie tout de même? La haine, surtout, quand on voit toute cette étendue de fumées, celle-là même qui retient notre souffle: nous voudrions y plonger, sauter vers le haut, tomber dans ce vaste écran, mais rien. Quelqu'un appelle, c'est toi? Non, bien sûr, tu es encore sous le choc, tu n'existe même plus! Tu es comme un écho, tu es un long soubresaut dans le feuillage de nos arbres, de nos troncs grisés par le givre matinale. (J'ai dis « nos arbes »!, « nos troncs »! Si, si! Je l'ai dis sans faire attention à la place qu'on y occupe! Le monde, il est loin d'être à nous! « À qui, à qui est-il donc ce monde? Je n'y suis pas bien: j'y suis tellement fatigué! Il y a tant à faire et à refaire...») Il n'y a pas de navire là où nous allons, mon âme, toi ma plus belle, ma plus loyale et serviable épouse: nous naviguerons sans rame, sans coque, sans mât vers cette constellation au recoin de notre conscience. Il y a dans ce pays qui nous abreuve de sa chimère éclatante: une large bande azur et émeraude par moment, du orange qui habille secrètement cette peau nue et fragile, qui lui donne un peu de passion, comme ce rouge est rouge! Si, il y a aussi un peu de mauve à ce bleu, à ce ciel! D'oiseaux, il n'y a que le lointain appel, les gazouillements sinistres: c'est le chagrin du monde, nous disent-ils! Il y a aussi le crépitement des feuilles, leurs élancements, leurs rétrécissements quand nous levons la tête: les hommes ne lèvent plus leur visage austère au-dessus d'eux. Ils traversent les forêts et les lacs, les rivières et les mers, les volcans mêmes! Ils le font les yeux fermés, la peur! Oui, la peur de ne plus savoir: que sait-on réellement? Sait-on, par exemple, la douleur que ça fait d'être absent du monde? Nous le savons, c'est surgit en nous sans qu'on puisse y faire quoique ce soit: nous avons levé les bras et nous nous sommes protégés le front, nous avons fermé les yeux, mais la vision! Oh, cette vision, elle est en nous: c'est les yeux fermés que nous sentons la vie nous appeler. Elle est venue à nous sans qu'on n'y comprenne quoique ce soit. Un moment nous étions ici et puis, soudainement, nous voilà là-bas. (Nous sommes si impuissant face au monde et à son appel: si notre place n'est pas parmi les hommes, peut-être est-elle avec les bêtes, à manger et à boire ce que nous offre ces espaces sauvages, inhumains?)

2 discussion(s):

Tristan R. Lemaure a dit…

Je pars.
Je reviens dans quelques jours.
Je retranscrirais mes notes à mon retour.

La solitude est toujours là, mais au coeur des arbres, nous sommes moins seuls: nous sommes! C'est déjà quelque chose.

Je vous remercie de me lire, de prendre un moment de votre vie pour découvrir mes Caleçons.

Aimons-nous, nous sommes!

Tristan R. Lemaure a dit…

Je vous aime, qui que vous soyez.