
Depuis quelques jours, le travail de Virginia Woolf m'impressionne. Ce qu'elle a crée avec Mrs. Delloway dépasse de très loin ce qui a été fait depuis les cinquante dernières années. Son écriture poétique dans un livre de fiction en fait, à ma connaissance, une des rares romancières poètes. Il me semble, je ne peux que me sentir doublement touché par la relation qu'elle entretient avec sa conscience torturée, car c'est ce que l'on ressent en lisant Delloway. Et le fait de connaître sa mort tragique, « la mort de son âme » (comme le dit Peter Walsh à propos de Mrs. Delloway!), est ce qui me la rend encore plus intime? Pourquoi les suicidés, les poètes maudits, les auteurs malheureux, les artistes que la société a détruites ont un tel intérêt pour moi? Je crois que je les envie. Non pas leur mort particulière, mais la manière, non plutôt le courage d'en finir avec la vie, d'aller au bout d'eux-même, de leur folie. Nous sommes tous fous, cela ne fait aucun doute. Il faut pourtant vivre avec nos obsessions, nos hallucinations -car ce que l'on considère comme la réalité, n'est qu'une réalité parmi tant d'autres; et la conscience! Elle nous brise.
Je me sens de plus en plus presser à écrire. Voilà presque maintenant deux ans que je n'ai pas eu de véritable projet en tête. Les études, le travail, la socialisation, tout ceci me fait perdre beaucoup d'énergie. Il faut absolument que je me concentre afin de permettre à mon esprit de mettre en place la scène qui introduira le premier chapitre. J'ai toujours l'ambition d'entretenir un personnage déchiré entre les réalités: celle de la société et celle qui l'habite. Aurais-je assez de temps, de force, de courage?
Il y a toujours les Récits à continuer. J'ai décidé de remettre cela à plus tard, quand j'aurai beaucoup moins d'heures à consacrer à l'écriture. La nouvelle a cela d'utile, elle ne nécessite pas cet entêtement qu'il faut au roman.
Le principal, surtout, c'est d'écrire. D'écrire encore plus. Chaque jour. Chaque heure. Même les yeux fermés, inventer des scènes, des descriptions, des dialogues. Le reste, la vie, tout ceci, vient en suite, est moins nécessaire.
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Je n'ai plus aussi peur de terminer ma vie isolé, désoeuvré; je sais que c'est ce qui arrive et que je n'y peut rien maintenant. La seule obsession qu'il me reste, c'est de construire quelque chose qui me survive. De réussir à capter la vie, la conscience, l'âme du monde et de le mettre sur un papier pour dire: « Regardez! Me voilà au coeur de ceci. Au coeur de la vie. » L'échec n'est pas une option, il faut cesser ce fatalisme et travailler. Il ne faut non seulement que j'écrive une phrase, il faut que j'écrive une phrase parfaite, même dans son imperfection. Chaque ligne aura été soulignée par la lumière qu'elle ajoute, qu'elle crée; sa propre lumière en quelque sorte. Chaque paragraphe sera un monde et le livre, une âme!
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