28.3.09

Note sur le désespoir et la création

(Réponse à AL) 

« Parce pleurer est facile, se dresser l’est moins. Constater qu’il y a la beauté et la lumière, c’est dur, c’est le plus dur. »

Je découvre de plus en plus, observant tous ces esprits malheureux qui m'entourent,  ces obsessions du bonheur, ces recherches d'un bonheur (n'importe lequel, pourvue qu'il existe!). Chacun veut son petit coin de paradis, son propre soleil et quand le soleil ne suffit plus, on se lasse, on étire douloureusement nos envies. On en veut plus, et on se dit qu'on y a « droit ». On mérite plus, mieux. L'existence n'est pas faite pour être malheureux, qu'on se dit. Il doit y avoir un but, et s'il y en a pas, et bien justement, on a de compte à rendre à personne. Tout faire, à n'importe quel prix, pour connaître la joie. C'est l'origine du mal, du désespoir quand on constate que l'on aura jamais assez. 

L'écriture, pour moi, n'échappe pas à ces tentatives vaines que l'on se donne pour vivre, pour accepter sereinement l'absurdité de l'existence. Si, chez moi, ce sentiment est lié intensément au désespoir, je sais maintenant que je peux vivre en paix avec lui. Je ne le combat plus (je crois), je n'invente pas un mur de créations inutiles afin de me dire: « Vois comme tu es bon! » Je veux me dire que ce que je crée n'est rien, au bout du compte, qu'une suite formelle d'actes logiques, basé sur un désir profond de vivre. Avant, je percevais l'écriture comme un acte réservé à une élite, à des intellectuels qui avaient tout compris sur tout, sur la vie et la mort, la joie et la peine. Je sais maintenant que beaucoup ignorent tout jusqu'à l'homme, s'ignorent eux-même. La connaissance de soi, avant la connaissance de l'autre, est donc nécessaire. 

Si on avait tout, quel besoin de créer d'avantage? Il faut un manque quelque part, un manque peut-être de cette « joie ».  Ou l'inverse? Une joie éternelle, vraie, dans laquelle on accomplit l'homme en toute lumière en recherchant cette part d'ombre qui nous échappe. Dans les deux cas, il y a un manque, une recherche profonde et difficile qui peut prendre toute une vie. Ce qu'il faut, c'est un fragile équilibre entre le trop et le rien, entre le oui et le non à la vie. 
 
Peinture: Le seize septembre, René Magritte

1 discussion(s):

Alexie M a dit…

Je vais répondre à ce post. Mais plus tard. Quand je serai capable de structurer ma pensée.