
La question est celle-ci: jusqu'à où un homme peut vivre de ses passions?
Je me questionne sur la possibilité que les hommes n'aient plus aujourd'hui aucune réelle passion pour quoique ce soit. J'entend ici par « passion », le don du soi-physique au soi-métaphysique. N'écoutez pas ces auteurs, peintres, chanteurs et artistes variés qui vous parleront d'une chose qui les dépasse, de leur petite vie qu'il passe à travailler l'art, à le modeler, à produire un bien.
En lisant la biographie de Nicolas de Staël, j'ai été surpris de connaître les circonstances de sa mort. Le suicide. Camus écrivait que c'était la seule question philosophique qu'il fallait poser. En effet, le fait qu'un homme s'enlève volontairement et consciemment la vie est un paradoxe scientifique et religieux. Je veux dire par là qu'aucune science et aucune spiritualité (outre le sectarisme) moderne n'accepte la mort volontaire d'un individu. Au contraire, l'homme travaille à sa survie. Quoiqu'il en soit, il est quand même étrange de voir le lien étroit qui unie le suicide à l'acte artistique, à la création. C'était comme si l'oeuvre maîtresse d'une vie était sa fin tragique.
Tout cela m'amène à me dire ceci: peut importe ce que j'ai à accomplir, ce qu'on retiendra c'est surtout ma mort. À la question ci-haut, il y a donc cette réponse: un homme ne vit pas de ses passions, il en meurt.