10.11.08

Ce qu'il reste de nous

À maman Mélissa

À chacun de tes départs, petit à petit, tu déconstruis mon corps, celui-là dans lequel germe encore ces restes brûlants de nous. Nuit après jour, le rond de mes yeux revoient ces absences que tu laisses sur cette chaise. Nuit après jours, ces étreintes dociles et floues laissent ma bouche poussiéreuse du mélange amer de ta salive et de cette autre. Dans la nuit la plus nuit, j’entend ta main fiévreuse qui me reconstruit, petit à petit, et je revois ces premières fois que nous avons faites encore et encore et encore en dessinant ce nous qu’il me reste au fond de la gorge. Dans la nuit la plus nuit, j’écoute le désert de tes respirations venir bousculer mes draps, mes vêtements, mes petites épaules, mes cils humides de l’instant, mes seins rouges de tes caresses, mes jambes, mes cuisses maison de tes désirs, mes rêves plein de ta présence. Et puis tu ouvres à nouveau les yeux, et puis tu soulèves la brume sur l’aube vitré, et puis tu cours en laissant une ombre de toi sur moi. Après que l’incendie que tu as laissé chez moi, en moi, en partant, avec ces je t’aime qui sonnent vrais, en a fini de mes os, tu réapparaît sous les formes du frémissement innocent de cet enfant qui meuble son regard du même que tu avais la première fois que je t’ai aperçu. C’est ainsi que je réapprend à vivre sans toi, avec ce qu’il reste de nous.

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