19h30, chocolat chaud dans un bol, Brûlerie
Je suis mort très jeune. Je veux dire, j’ai toujours connu que cet attrait impossible vers ma fin, ma destruction, la détérioration de mon corps et de mon esprit. Je ne trouve dans aucun paysage du quotidien la consolation que je recherche, je ne vois que cette demande de la société pour que j’existe juste assez pour pouvoir accomplir mon devoir social: travailler pour consommer. On exige de moi de produire un revenu brut, de produire, à mon tour, un besoin de consommation et de le vendre au plus offrant. Tout y est passé, l’homme, la vie (et la mort!), le temps, l’amour de l’autre et de soi (il faut acheter pour mieux aimer et mieux s’aimer), la religion, l’art, et même la littérature. Cette littérature qui se veut bastion de la résistance intellectuelle et savante, cette littérature du capitalisme raisonné, cette littérature qui s’achète. Aujourd’hui, plus qu’hier, un livre est un produit de consommation avant d’être un produit artistique. Je dis livre et littérature mais cela s’applique dans tous les champs où l’artiste oeuvre. Pour exemple, je ne peux que nommer quelques écrivains qui font la une mais dont l’écriture est pauvre et superficielle sinon rembourrée des mêmes clichés: Beigbeder par exemple, cet être qui m’a fasciné au début avant de me rendre compte de l’arrogance et du manque impitoyable de la sensibilité qui doit naître de chaque oeuvre. Son style pauvre et répétitif m’a dégoûté cet été alors que je lisais L'Amour dure trois ans. Pourtant, rien qu’avoir son nom et on vous publie dans n’importe quelle grande maison d’édition. Ce n’est pas pour rien que ce fastfood de la littérature française possède maintenant de jeunes clones d’écrivains qui partagent cette écriture du « n’importe quoi ». D’autres noms plus connus comme Dan Brown ou Rolwing ou encore la nouvelle sensation Twilight me viennent en tête mais ceux-là acceptent la condition qu’ils sont un produit du pur marché américain axé sur une écriture simple, accessible, qui ne donne pas à réflexion mais nous invite au contraire à taire cette demande de l’esprit d’exister.
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Qui, aujourd’hui, vous dira qu’il écrit dans le seul but d’écrire? Qui peut, avec tout son honnêteté, savourer les délices de la création artistique sans se demander combien ça peut rapporter? Parfois, c’est la renommée qu’on veut mais même cela n’est plus qu’un moyen d’acquérir de nouveaux biens matériels, de changer son statut social. Aucun écrivain sérieux ne travaille dans l’objectif de créer. Aucune action, aujourd’hui, n’est fait dans l’authentique gratuité; tout a un prix ou en aura un.
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Samedi, spectacle de musique avec C. Je ne désire pas la voir pour la voir. Je désire la voir pour l’aimer. Je ne désire pas l’aimer pour l’aimer. Je désire l’aimer pour la voir, etc. Je ne suis pas amer de ne pas pouvoir la connaître pour l’aimer. Je suis amer de l’aimer sans la connaître. Je suis habité de son regard pur, de son esprit de joie et de gaieté si différent du mien. Cela me fascine, m'interroge sur mon propre apport à la joie qu’est la vie. Car j’aime la vie. Toutefois, je ne supporte pas ou je supporte mal la souffrance qu’elle engendre chez moi. D’où me vient cette timidité envers la femme? D’où me vient cette peur du refus de l’autre? D’où est-ce que je tiens cette lâcheté d’aimer ainsi, dans l’absence et l’ignorance de l’autre? Je me voudrai être libre de lui dire qu’elle est la femme que je veux. Qu’elle est la tendresse que je désire. Qu’elle est le rire et les yeux qu’il me faut pour mieux rire et mieux voir. Qu’elle est l’authentique frisson chaud. Je voudrais habiter dans sa gratitude et sa gentillesse, dans son violon comme dans le juppon bouclé de ses cheveux. Plus que tout, je voudrai l’accueillir dans ma solitude. Je chanterai pour elle le désir, le manque, le trouble qui me font quand je la découvre sur ce ciel fond bleu et orangé. Il y a ces peurs aussi. Je voudrais qu’elle les comprenne et vienne les apaiser d’un mouvement de langue, d’un toucher sur mon visage mouillé de l’intérieur.
Y’a-t-il espoir
Dis-moi, de t’aimer dans
la douleur muette des oiseaux
qui ne volent pas
Y’a-t-il espoir
Dis-moi, de confondre
tes pas avec ceux
que fait la souffrance de la vie
Y’a-t-il espoir,
Dis-moi, de mourir
couché sur la vie
Dis moi, le mort
qui dort sur toi
qui a soif de toi
qui a la mort de toi
quand tu n’es pas là
quand tu l’évite
quand tu le chamboule
quand tu le crève
de l’intérieur
a-t-il espoir
d’un jour voir
que les oiseaux qui ne volent
sont aussi de beaux oiseaux
Je ne réécrirais pas ce sentiment. Il est passager, comme moi. Demain, je n’aurai plus de souffle pour dire mais je vais marcher à reculons. Je me renierai. Je ne suis pas digne de ce désir. Je me sens sale et laid à l’intérieur. Qui voudra de ça une fois que j’ouvrirai mes bras, mes chairs, ma gorge, pour y sortir ce que j’ai de silencieux (-mais ô combien plein d’une férocité d’exister, de me prouver que j’ai toujours eu tort, que ça existe, qu’on peut m’aimer).