17.11.08

17 Novembre

La chambre au soulier, Saint-Denys Garneau
Je commence à me rendre compte que je veux orienter mon travail littéraire vers la douleur et la misère, mais une douleur universelle-celle de l'existence peut-être. Je me rend bien compte qu'exister ne veut pas nécessairement dire souffrir mais il y a cette obstination de l'esprit pour les choses douloureuses. J'ai le sentiment que l'écriture est une souffrance en soit.

Je me fais vieux, les mois deviennent vite des années et les années, des siècles pour un esprit malade comme le mien. J'ai repris ma lecture du Journal de Saint-Denys Garneau. Je ne sais pas pourquoi mais je me confond dans la vie de cet homme qui par cent fois me chamboule:

« Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise
Et mon pire malaise est un fauteuil où l'on reste
Immanquablement je m'endors et j'y meurs.

Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l'équilibre impondérable entre les deux
C'est là sans appui que je me repose. » 
(Regards et jeux de l'espace, Hector de Saint-Denys Garneau)

Cette position de l'immobilisme me percute et me fait gémir, j'y retrouve la même hargne que dans Les Assis de Rimbaud. Ce désir de l'action, de l'agir, du voyage extraordinaire et fantastique, cette course, cette révolte de l'esprit contre le corps, contre les corps! Je la sens à chaque jour, dans mon propre immobilisme. Je ne retrouve pas dans mes actes, qu'ils soient littéraires ou non, ce sentiment qui m'est si chère dans les oeuvres des autres, ce désir de transformer, de rénover mon siècle. Je découvre petit à petit ma propre faiblesse, celle de ne pouvoir rien faire alors que je veux tout faire. Que c'est nias de ma part! J'ai pourtant en tête de formidables rêves, des envies et des espérances mais je les vois fondre à chaque seconde, à chaque minute, dans chaque heure. 

Encore une fois, je retrouve la même détresse chez Garneau, cette maladie de l'âme qui vous force à courber l'échine. Pourtant, que je regarde en lui au travers de ces notes qu'il a laissées, je vois très bien qu'il a sa sensibilité au monde comme une richesse. Il ne l'a renie pas, il l'appelle, se voulant toujours aussi proche de cette univers de sons, d'images, de couleurs, d'odeurs, de lumières qui l'ont fait écrire ses plus belles phrases. Je ne me crois pas capable d'un tel sacrifice, de l'abandon de moi-même pour sombrer plus profondément dans l'écriture de la douleur. Le suis-je? Suis-je une douleur? Je me le demande. Pourtant, ce mal être que je veux fuir est aussi la sève amère de ce que je déterre dans mon écriture épileptique. 

Comment allier l'écriture et le bonheur? Comment allier l'amour et la solitude? Comment allier la vie et la mort? 

S'il me faut agir, s'il ne me faut pas rester immobile, je sais que je le ferrai uniquement que pour en finir avec mon existence. Si j'avance, je meurs. J'ai peur. 

Oui, j'ai peur d'être heureux comme j'ai peur de ne pas l'être du tout. J'ai la chienne bordel de merde et personne ne peut comprendre ça! 

Peinture: La chambre au soulier, Saint-Denys Garneau