
Ça pousse en moi comme de la mauvaise herbe, cette existence monotone et incurable du mal-être. J'ai l'impression que peu importe où mes yeux se poseront, j'apprécierai toujours les couleurs d'une saison que jamais je n'aurai.
Mes dents d'ivoire mordent mollement cette graisse qui me coule entre les doigts, entre les pieds, entre les narines. Je vois bien que je pue la démence et une sorte de détresse qui finira par me faire pendre au bout d'une corde mais je n'y peux rien moi si tout me fuit, si jamais rien ne reste, si tout ce que je touche se fane et meurt dans une moue horrifiante.
Je suis comme une statue vide de l'intérieur. À l'extérieure je peux encore mimer le geste heureux, mais en dedans on ne trouve qu'un furieux trou noir qui absorbe toute mon énergie, toute la beauté avec laquelle je veux m'aveugler les yeux, toutes ces caresses amicales, ces doutes amoureux, ces prières pathétiques. Je suis un animal sombre, blessé, un animal aux coeurs pourris.... Un animal de passions. Mais me comprenez-vous? Me voyez-vous? Non, mais vous riez-c'est toujours ça de gagné!
On meurt tous. Je suis mort un peu avant vous, c'est tout.