Il y a dans mes différents travaux, une nécessité. Je n'écris pas par envie ou pour passer le temps, j'écris parce que sans ça, je n'existe pas. Plus je déteste la race humaine, plus j'écris et plus je perçois ce qui me dégoûte chez elle. Cette perception est encore floue; c'est une douleur inexprimable quand bien même je voudrais la noter sur un papier. Elle est là au coucher, elle est là au lever. Je ne puis m'en débarrasser et elle agit comme une maladie incurable. Elle a sa vie propre à l'intérieur de ma vie à moi. À l'instar des poupées russes, je découvre chaque jour qu'elle est plus profonde que je ne le croyais. À chaque jour, je me défais d'une illusion et à chaque jour je me rends compte que j'ai toujours cet amertume dans le sang.
Vendredi dernier, j'ai passé la soirée chez G et j'ai découvert que l'amour n'existe pas. et j'ai constaté que je n'arrivais pas à l'aimer. Je veux dire, elle comble facilement un besoin physique mais elle est vide, à l'intérieur. Je ne trouve rien qu'un chaos désordonné dans ses paroles, dans ses silences, dans ses mains qui me touchent vulgairement. Si seulement je valais quelque chose à ses yeux! Cela pourrait effacer les déceptions, mais non je suis un parmi d'autres. Que je sois là ou non, n'importe pas. Son égoïsme me tue. La fatalité de ces emportements contre sa jeune vie m'empêche de manger. Je la vois qui se dit être si malheureuse. Je l'écoute qui déplace de l'air devant et derrière elle, mais rien ne sort entre ses deux lèvres. Rien de vraiment important. Elle me demande parfois ce que je pense de nous deux. À vrai dire, je n'ai jamais dit « nous » dans mes phrases. Il y a un « je » et un « tu » dans tout ce qu'on s'est dit. Cette réalité est tellement flagrante que je vois mal comment elle ne se rend pas compte de tout ce qui nous sépare, en plus des corps.
Quoiqu'il en soit, les illusions sont nombreuses. Une de plus ou de moins n'importe pas. Ce qui importe, par contre, se retrouve dans cette mer de violette et d'orangée à l'horizon. Et c'est pour ÇA que j'écris. Pour ne jamais oublier ce qu'est la beauté.
« CALIGULA: Je continue. C'est l'unique composition que j'aie faite. Mais aussi, elle donne la preuve que je suis le seul artiste que Rome ait connu, le seul, tu entends, Cherea, qui mette en accord sa pensée et ses actes.CHEREA: C'est seulement une question de pouvoir.CALIGULA: En effet. Les autres créent par défaut de pouvoir. Moi, je n'ai besoin d'une oeuvre: je vis. » (Caligula, Albert Camus)