En embrassant une femme, j'essaie de me prouver qu'il y a bien une raison à tout ceci, que si malheur il y a alors ce malheur n'a pas été vain, ne veut pas rien dire puisqu'il est la conséquence de mon tempérament romantique. Encore là, je m'expose devant l'inutilité des relations futiles que j'entretiens. Trop timide et trop lâche, je n'ai jamais aimer qui que ce soit. L'égoïsme est le seul acte qui ne me demande aucune énergie du corps ou de l'esprit. Évidemment, s'aimer est facile et ce que l'on veut, au bout du compte, c'est un même amour de la part de l'autre. Le romantisme a quelque chose de possessif. La liberté de l'autre n'existe pas, il faut que ce dernier nous aime ou rien. Cet amour, bien sûr, a quelque chose d'unilatéral; on ne se demande pas en retour si on n'aime l'autre. Dans le cas où on l'aimerait réellement et bien, ce serait la conséquence logique du fait des sentiments qu'il éprouve à nôtre égard. On aime parce qu'on se croit aimer.
Au nom de cette foi, je me suis donc embarrasser d'idées qui me renvoie aux paroles de Caligula: Les hommes meurent et ne sont pas heureux. Je comprend maintenant que tout ceci ne veut rien dire. Ma vie, ma mort, mes amours, mes désastres, mon drame, mon bonheur, mon malheur. Cette suite n'est qu'apparences floues. Je ne détiens aucun de ces mots. Je ne les comprends même pas. Là où il y avait des vérités apprises, il n'y a plus que l'horreur du vide et du néant de mon existence. C'est ce mal qui me ronge et me réduit à l'écriture. Une écriture qui, en somme, ne veut rien dire non plus.