
Je me suis rendue compte qu'écrire c'est offrir son âme à la critique.
Il n'y a aucun doute sur la possibilité que je n'ai pas assez de courage pour poursuivre cette route alors que j'ai tant de mal à accepter une remarque, bonne ou mauvaise, sur ma personne.
Ce constat troublant m'est venue hier soir alors que la chef d'un comité de lecture d'une revue à désigner deux de mes textes, que je lui ai envoyés il y a six mois(!) et dont je viens tout juste de recevoir la réponse, sous les termes de « trop déstructurés », « trop "fous" » et de « loghorée brute ».
Ma première réaction a été de relire le message pour essayer d'y ressortir une quelconque note positive, un passage que j'aurais oublié mais rien à faire. Tout avait été dit et je ne pouvais, en aucun cas, me défendre.
Les auteurs qui disent ne pas lire les critiques à propos de leurs oeuvres sont des hypocrites.
J'en suis arrivé à l'idée que si je dois écrire, je le ferais en tenant ceci pour acquis: ne jamais attendre des autres qu'ils me comprennent. Écrire en tenant mon âme comme seule et unique critique-écrire en sachant que si je le fais c'est parce que je n'ai rien en dehors de cela. Et même si je fais de moi un piètre écrivain devant la critique, devant mon âme j'aurai été ce que je suis, dans ma nature profonde et silencieuse, j'aurai été un homme avec ses faiblesses comme avec ses forces, avec ses craintes comme avec ses rêves. Ce qui, au bout du compte, n'est pas si mal.
« Un écrivain, un poète en particulier, est quelqu'un qui travaille toute sa vie à faire de soi un être sans défense. » (Madeleine Chapsal)