23.9.07

( vide )


La part de l'ombre - Audrey Colonna
Pour moi, c’est un sexe ambulant…

Zigouille moi. Tu ne peux pas me dire que je ne te l’ai pas dit. Je ne suis rien d’autre que de la viande qui marche. J’ai abandonné ma peau pour courir comme un poulet dont on vient de couper la tête. J’ai crié. Mille fois. Dix mille fois. Et le silence, ce SILENCE, celui dont tu n’as jamais rien compris, c’est tout ce que tu as entendu toi. Pourquoi as-tu fermé les yeux ? C’est pour toi que j’ai fait tout ça ! J’ai cru naïvement que les gens n’iraient pas jusqu’à me brûler, jusqu’à me manger. La preuve que je suis un idiot c’est que tu me consumes maintenant. Me voilà, la tête tournée vers le ciel. Les membres écartés. - A qui appartient ce bras ? - Il n’est pas à moi. - A un autre alors ? Combien en as-tu dévoré ainsi avant moi ? Ne me mens pas, tu le fais si mal. J’observe le ciel où la nuit poignarde le jour pour le manger tout cru lui aussi. Dans quel monde vivons-nous ? Tu m’éventres devant tout le monde et personne pour s’interposer, personne pour défendre ma petite peau de peau, celle que je t’aurais bien offerte si tu avais demandé. Je te vois qui mastiques cette viande. Tes dents plongent dans cette chair rougie. Tes lèvres sensuelles sont maintenant des écorcheurs de bêtes. Ta salive de miel est maintenant un mélange de bave et de gras de viande. Tes yeux bleus roulent comme ceux d’un animal qui a la rage. Je te vois maintenant. Avec tes lèvres, ces sexes ambulants. Tu ne recherches même plus le plaisir en me consumant comme la viande que je suis. Non. Tu m’ignores. C’est tout. Pour toi, je ne vaux rien de plus que ce poulet dont ont se nourrira pour le souper. La faim au ventre. On se dira : voici l’humanité.