18.9.07

Monsieur

Monsieur …. ,

Après une lecture attentive de votre manuscrit intitulé Orgie intellectuelle, nous avons le regret de vous informer que nous n’avons pas jugé possible de le retenir pour une publication.

Nous vous prions d’accepter l’expression de nos sentiments les meilleurs.

F… H…
Directeur


J’abandonnerais bien ma peau ce soir. J’afficherais une mine semblable à ceux des gens qui m’entourent, je leur ferais du cinéma, qu’on dit. Eux, ils n’y verront que du feu. Croiront que je suis heureux, comme ça, avec ce sourire d’imprimé dans le visage. Je leur dirais, mais oui, tout va bien, alors que tout va mal. Je leur dirais, mais oui, si tout allait mal, maintenant tout va bien alors ne vous inquiétez pas. Je leur dirais que chez moi, et bien c’est comme une seconde nature, je n’ai pas de courage d’affronter aveuglement la réalité, même si tout va bien. Je serais une seconde nature, une nature morte, moi aussi. Je n’existerais pas tout en existant. Qu’est-ce exister sinon prétendre qu’on le fait? qu’on le respire? qu’on le mange? J’ai mangé mon existence. À travers ces ramassis de vieilles conneries que j’ai entassé dans un coin. J’y ai appliqué un tel soin, une telle attention, je m’y suis vendue aussi, l’âme, la chair, le cœur, …, tout y est passé. J’y lasserais sans doute tout. Je n’en veux pas. Je n’en veux plus. Je laisse aux autres le soin de s’en décorer, de jongler avec mes tripes en disant que ceci était un homme, avant.

Je ne suis pas grand chose finalement. Ai-je été autre chose que cette chose que je ne suis pas?

Tout compte fait, personne n’en veux, de cette peau de peau qui me collent à la peau.