Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et Visions!
Départ dans l’affection et le bruit neufs!
Parfois, j’ai cette peur qui guette l’écrivain; cette damnation, cette fin de la lutte. Car c’est une lutte que le métier d’écrire. On lutte, jour après jour, contre ce que nous sommes, ce que nous vivons, ce qui nous entoure, ce qui nous captive ou nous révulse. C’est comme d’avoir été sous l’eau pendant une longue période: à un moment ou un autre, on se doit de remonter à la surface pour se sauver de la mort.
Je me demande, à cette heure, si je n’ai jamais vraiment dit quelque chose qui en valait la peine. Ai-je vraiment accomplis ce devoir qui je m’étais choisi. Je suis jeune, je sais, j’ai encore tant de choses à accomplir et à connaître mais je me dis que le silence m’a choisi. Que je n’ai plus rien à dire de ce monde. Que les mots se sont lassés de ma carcasse vide. La main, lorsque je la soulève, est rongée jusqu'à l’os par les activités sinistres auxquelles je la soumets. Il est peut-être temps pour moi de prendre ma révérence et d’arrêter cette écriture dérisoire qui ne mènera sur aucun autre chemin que celui des douleurs, des doutes, de la démence et de la mort.
J’ai travaillé très fort sur mes textes (les vieux comme les nouveaux) ces derniers jours et je remarque la pauvreté de mon esprit lâche et égoïste. J’ai compris que l’âge ne pardonne pas. Je suis ce que je suis. J’écris aussi ce que je suis. Et ce que j’ai lu m’écoeure et m’ennui. Je n’ai absolument rien dit. Je n’ai aucune révolution à menée, aucune connaissance à offrir, aucune religion à prophétiser. Et je me demandes: « À qui me louer? Quelle bête faut-il adorer? Quelle sainte image attaque-t-on? Quels cœurs briserais-je? Quel mensonge dois-je tenir? - Dans quel sang marcher? ». L’habit ne fait pas le moine dit-on, moi j’abandonne l’habit pour courir nue dans ce monde chaotique. J’aurais froid et mal, peut-être, mais je n’aurais pas à prétendre ce que je ne suis (vraisemblablement) pas. Je n’ai jamais été courageux. La lâcheté m’inspire plus et m’a toujours permis de garder ma petite tête sur mes épaules. Le seul courage qu’il me reste c’est de me lever et de jeter ces chiffons sales qui recouvrent ma table de travail. Mais ce qui me déchire le plus, c’est de savoir que j’écris dans l’oublie. Demain, j’aurais été rien de plus que ce que je suis aujourd’hui. L’oublie. C’est une arme fatale qui sépare les bons écrivains des mauvais. J’y suis condamné moi aussi. Espérons que mon égo m’empêchera de commettre l’irréparable.