
La pluie et les éclairs dansent une valse au son du tonnerre. Je n'ai jamais autant aimé la nature que dans des moments où l'univers semble, comme le disait Camus, capable de souffrir et d'aimer. Il y a dans mon coeur le même orage et les mêmes plaies zébrées sur le ciel de mon âme. J'aimerai parler à quelqu'un de ce moment qui existe quand le monde semble vous écouter et vous répondre, comme si le texte d'hier (ou de tôt ce matin) avait été écrit sur la peau du cosmos et que maintenant ce cosmos réagit. Je me rend compte que je parle souvent à un inconnu, à un absent, que bien souvent j'imagine sous les traits d'une rebelle aux talons rouges, une cigarette à la bouche en forme de fleurs et aux yeux verts mouillés par un long poème (c.f. Coldplay). Or, la plupart du temps, même avec tous ces moyens de communication que l'on possède aujourd'hui, il est évident que je ne parle à personne si ce n'est à mon intimité. Pourquoi écrire tout ceci alors? Pourquoi ne pas simplement le vivre et se taire? Parce que la vie exige qu'on réfléchisse; on vit bien souvent avec une passivité profonde -ne dit-on pas bienheureux les simples d'esprit?- alors que nous devrions toujours être dans l'action même de notre existence (ou non-existence). Pour être plus clair, disons que l'écriture permet de remettre en question ce qui ne peut l'être, la vie, et de changer notre posture face à celle-ci. En devenant notre propre personnage, nous nous racontons et exprimons au monde notre révolte. C'est aussi s'assurer d'avoir une marque, un repère, alors que le temps passe et nous efface.
Au fond, que cela soit lu par moi ou par des inconnus (de toute façon, nous sommes notre propre inconnu) ça n'a pas vraiment d'importance. L'important c'est bien sûr de continuer à le faire au risque de mourir.
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Je m'allume un cigarillo. Le ciel taille toujours ses larmes translucides. Je me dis que je devrais peut-être écrire et avancer ce foutu roman, mais rien. Rien à écrire car rien à dire, alors autant ne rien faire. Reste qu'à se saouler et à fumer jusqu'à ce qu'on découvre mon corps dans la Rivière-des-Mille-îles. Ils se demanderont pourquoi j'ai ouvert mon abdomen et y ai placé les pages blanches de mon roman. Ils ne comprendront pas que la véritable mort d'un artiste, c'est d'avoir vécu en dehors de son art.
J'appuie sur le bouton lecture: Demain peut-être, Émilie Proulx (La lenteur alentour). Je souris parce que la musique d'Émilie Proulx rappelle la douceur mélancolique des orages d'été. C'est une des artistes québécoises qui me parle le plus. Son style me rappelle les fleurs qui naissent dans la noirceur et qui éclosent pour quelques heures avant de mourir (comme avec Chan Marshall, dans ses premiers albums). En l'écoutant, on se surprend à être transporté dans notre propre univers fait d'ombres et de lumières, de petites morts blanches qui luisent un moment (comme dans cette pluie) et que l'on gâche avec notre prétention de vivre. J'accepterai bien de mourir sur une de ses chansons, et c'est peu dire.
« Aller valser dans les bras d’un sac à vidange/ Ou porter un beau suit sans montrer qu’ça m’dérange/ De travailler à temps plein/ Et crever d’faim/ Retourner aux études pour 3 ans et demi/ Apprendre à m’endetter pour c’qui m’reste de vie/ Avoir des rêves à payer/ Une raison d’exister » (Demain peut-être)