
Cessons ce jeu ridicule, du toi et du moi et ces paroles cousus sur nos clitoris en forme de bouche, non que je dis à la vie et au monde qui tuent et tuent et tuent l'innocence de l'être - ciel, est-tu morte dans la nuit de mes draps en ciseaux? ou suis-je seul depuis la première éternité du jour (le crépuscule est une forme de mensonge que l'on se dit tout bas pour ne pas oublier que nous sommes mortels). Je n'ai plus rien à vous dire, monde de misères et de miséreux, car si une chose doit être dite, c'est que l'être est le néant. . . . . . . . . . .
***
Dans ma tête, le silence est un bruit horrible qui se présente dans les moments où, autour de moi, il y a rires et bonheurs. Je suis assis dans un monde et me voilà soudainement seul dans ce monde, complètement insensible. Quel sens donner à cette vie? Je me rends bien compte maintenant que je ne suis ici pour personne (et j'attends toujours quelqu'un, mais pourquoi faire?). Je marche seul dans la rue, sous une pluie fine et au parfum de printemps. Je repense à cette phrase qui m'est venu il y a quelques jours, à la même heure tardive: « Dans la nuit, la certitude sourde des fleurs laiteuses qui poussent en mon coeur. » Cette certitude est maintenant claire: il faut accepter la vie (telle qu'on nous la présente) ou y renoncer. Je ne peux faire les deux à la fois, dire un oui, dire un non, et faire le oui alors que je pense le non.
Quelle bêtise que de croire aux gens, au pouvoir qu'ils ont sur nous, et nous voilà devant la nuit, n'arrivant plus à s'extraire de leurs étreintes fantômes, à leurs présences absentes. Je ne supporte pas qu'ils soient le centre de ma vie alors que je suis, pour eux tous, qu'un nom ou une voix qu'on oublie fatalement. Exister, c'est demeurer dans la mémoire d'une personne alors que nous sommes loin. Ainsi, je n'existe pour personne.
***
Pensée#3:
Le génie, c'est de créer des possibles
là où tout est impossible (i.e. la vie).
***
J'ai vu les rails du métro et je me suis dit que mourir, c'est de faire un pas contre sa vie. Alors que je marchais dans la nuit, roulant la fumée de mon cigarillo dans la bouche, j'ai senti l'exactitude des mots: mort consciente. Les gens craignent de mourir parce qu'ils croient tout connaître de la vie et rien de la mort, or c'est l'inverse. À l'hôpital, je le vois bien. Sur leur lit de mort, les patients ne craignent plus de mourir, mais de partir sans avoir vécu. Je ne suis pas différent d'eux, au fond. On ne se suicide pas sans avoir la conviction d'être vivant. Il me semble alors que j'ai vu le soleil trembler les ténèbres, je me suis placé devant, espérant briller un moment, mais on m'a klaxonné. Je dérangeais la circulation. J'ai dit merde!
***
Il me semble que j'ai passé ma vie ma mort à me masturber sur une vie à moi alors qu'en réalité je n'ai cessé de tout faire pour vivre par/pour les autres. Cette nuit, je vais caresser mon corps en tenant la nuit mouillée entre mes bras. Et puis merde, je vais me branler sur Junie (Léa Seydoux dans La Belle personne).
Music: Re:Stacks - Bon Iver/
The Haunted Ocean 5 - Max Richter
Photo: Léa Seydoux dans La Belle Personne