12.4.10

Dichotomie


Lumières et ombres s'opposent en moi. Il s'agit des miroirs de mon âme en fait. Deux miroirs posés dos à dos. Ils projettent en dehors, vers le monde.

L'un, le premier reflète un visage et un corps que j'enfile à chaque matin, il renvoie les couleurs et les odeurs du soleil. Il sourit, danse, gambade dans l'allégresse et la joie. Il s'assoit, parfois, sous un arbre ou sur un rocher invisible et attend, regarde la foule humaine devant lui. Il se surprend à ne pas être comme elle, lourde et sans teinte, mécanisée, froide. La foule humaine, curieuse, intrigué par les couleurs et les odeurs de soleil de cet être immatériel et, surtout, sensible, l'entraîne dans ce qu'ils nomment le devoir d'exister. Ce devoir d'exister, il faut le faire avec son siècle. Or, ce moi-refleté ne comprend pas son siècle, il ne comprend pas ce sens du monde. Il voudrait lui donner le sien, mais la foule humaine le lui interdit. Il se lève de sa pierre et se jette dans la marée humaine, il s'y noie et disparaît avant même que j'ai pris conscience des pulsions véritables et uniques qui l'animait. Première mort. Rapide et salvatrice.

Le second est opaque, on ne voit pas bien ce qu'il reflète. D'ailleurs peu de personne ont connaissance de son existence, arrivent à le déchiffrer (même moi, je ne suis pas sûr d'en saisir le reflet). La nuit, les taches noirs du miroir réfléchissent sur mon esprit, ils engluent mes pensées avec un appel, un cris, une déraison. Ses taches prennent alors une place si importante que la seule pensée, l'unique qu'il me reste est celle de l'étrangeté du monde et de ma vie, son non-sens et son inutilité. Je suis comme aspiré dans ce miroir, noyé dans ses contours sombres, perdus dans la myriade de sensations et la solitude profonde qu'il règne en moi. En me regardant dans le cadre du miroir, je vois une immense obscurité, un trou noir qui aspire mes énergies la nuit venue. Souvent, cela me prend quand je me retrouve face à moi-même, mais lors d'une crise, je le suis même en présence des autres. C'est la seconde mort. Longue et pénible.

Je me projette tantôt dans un miroir, tantôt dans l'autre. Mais, ce soir, ma peur n'est pas quelle mort m'attend au bout, mais bien la vie que je n'aurai jamais à cause de cette dualité, de cette dichotomie entre l'ombre et la lumière, entre cette joie excessive que je ne peux canaliser et exprimer et cette terrible solitude que je ne peux supporter car elle alimente en moi une bête affreuse et méchante.

Et, toujours, l'impression de perdre mon âme dans tout cela et d'aller nulle part.

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