Le ciel est taché par de minces filaments laiteux qui s’étendent ici et là. Le soleil donne de la couleur aux êtres et aux objets que j’avais pris l’habitude de voir dans le froid de l’hiver, les yeux plissés. Il s’agit aujourd’hui de la même ville, des mêmes rues, des mêmes activités qui se répètent, mais, sous cette lueur printanière, on dirait que rien n’est plus pareil. C’était comme si cette journée s’ouvrait sur un monde autre.
***
Conférence d’Anne Nivat. Réflexion autour du rôle du correspondant de guerre. L’expérience de cette femme m’a impressionné de trois façons: d’abord, sa force et sa passion, car il faut avoir une grande force et une passion puissante pour aller dans ces conflits pour en rapporter ce qu’il y a de profondément humain comme ce qu’il y a de sordide et d’inhumain dans les horreurs dont elle a été témoin. Puis, il y aussi ce caractère, cette volonté de croire que ce qu’on fait a une utilité, et cela même si ces nouvelles (ceux de la guerre et des conflits) n’intéressent qu’une petite minorité de personnes, généralement des universitaires qui étudient ou ont étudié les sciences politiques et pour qui, bien souvent, une guerre est avant tout politique. Je dis, moi, que la guerre est loin de l’affaire politique. Je ne me souviens plus de la provenance de cette phrase, mais ça disait en quelques mots ceci: la guerre, c’est des vieillards qui font fortune dans les villas et des jeunes qui meurent dans les rues. La guerre, son fonctionnement, son raisonnement, sa raison d’être, m’ont toujours effrayé. Je ne peux saisir ce qu’on exige de la guerre. Paradoxalement, je ne peut rester insensible à ce que disait un philosophe de guerre: les armes, c’est souvent le dernier recours. Un recours qui, parfois, est malheureusement nécessaire, car comment rester insensible devant le sort que réserve certaines dictatures à leur peuple? Il y aussi cette phrase effrayante de Clausewitz: "La guerre est une violence en action, et son usage n’est limité par rien." Pour en revenir à Anne Nivat, c’est aussi le fait qu’elle soit une femme. Je ne connais peu de femmes qui exercent ce métier. Comme elle le disait, cela lui donne l’avantage d’avoir accès à certaines sources que ses collègues masculins ignorent ou sont dans l’incapacité de rejoindre: les femmes.
À propos de l’héroïsme qui entoure son métier, elle a dit: « Il n’y aucun héroïsme dans ce que je fais. Aucun. » Il faudra revenir sur cette notion d’héroïsme, de ce besoin social du « héros ».
***
Scènes avance bien. J’ai mis en pratique ce que je disais il y a quelques semaines. Un plan est collé sur le mur de ma chambre et je m’y applique à trouver le raisonnement qu’il faut à un homme pour en tuer un second. Le personnage principal est proche de l’idéal qu’avait Camus. Alors que l’autre, c’est l’esprit tourmenté de Virginia. Si l’écriture est une naissance, alors Camus et Woolf sont mes géniteurs. Je voudrais être un bête hybride entre l’écriture humaine et philosophique de Camus et la recherche poétique et expérimentale de Virginia.
À propos de La mort heureuse. Je connaissais l’écrivain Camus. Aujourd’hui, je lis le grand poète qu’il fut.
Note pour cet été: Acheter une caméra et filmer.
***
Dernière scène: « Il s’est élancé avec tout son coeur vers ce qu’il lui restait: la vie, sa vie. » Mais, il trouva/donna la mort.
-Écrit au café, 16h45.
1 discussion(s):
Décidément, ce blogue a une tournure que j'aime.
Enregistrer un commentaire