Ces papiers, ces papiers on les place dans un petit coin de notre conscience, on les partage, on les médite, on leur attribut un aura, une vocation, un but, mais au fond, que sont ces mots, ces papiers, ces chiffons que nous noircissons jour après jour, heure après heure? Nous regardons la vie, nous lui disons que nous ne sommes pas fait pour elle, qu'elle nous est pénible par moment, mais, nous reconnaissons la beauté, la bonté même, l'amour! Nous envions leur bonheur, leur aspiration au bonheur, cette état qu'ils affichent devant eux-même, devant cette disposition aux choses; nous, nous ne pouvons pas retrouver ce calme, cette sérénité du lac. Nos vagues, nos torrents nous enfoncent dans les profondeurs abyssales de la vie, et de la mort!
Avons-nous vu la mort? Avons-nous vu la vie? C'était une éclipse, un éclair, blanc et bruyant, c'était une lumière qui nous a échappé maintenant, le jour qui s'en est allé.
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Quel rapport avons-nous avec notre passé? Pouvons-nous vivre sans mémoire, sans ce rappel constant de moments, de tensions, de sentiments que nous avons eu autrefois pour cette odeur de jasmin, pour le goût amer d'un thé, pour un vêtement, un foulard peut-être sur le cou d'une femme? Il me semble que nous sommes toujours condamné à vivre dans un flux continuel où passé, présent et futur n'ont aucune franche démarcation; où un individu peut se concevoir dans trois dimensions parallèles alors que nous lui parlons, nous nous divulguons à lui? La question du passé, d'un personnage sans passé ni avenir, qui vit continuellement dans le présent est ce qui me pousse à ramasser quelques idées ici et là. Il y a même un titre, une idée, dans ma tête. Mrs. Dalloway aura réveillé cette amour, cette passion d'aller au bout de ce que l'écriture peut faire, capturer une âme, un univers d'âmes!
Il y a cette théorie woolfienne de la conscience, du « stream of consciousness », appellation nettement plus poétique et proche de la réalité que le terme français de « courant de conscience ». En effet, le terme « stream » rappelle une diffusion, l'esprit de la vague, du torrent et non simplement d'un simple flux ou courant; il est plus expressif, à mon avis, de la relation intérieur que vit l'écrivain avec l'intimité des personnages qui habitent cette conscience du livre. En lisant Mrs. Dalloway, nous rencontrons, non plus les personnages tels que les concevaient les romanciers traditionnels, mais leur intimité, tout ce qui les fait, leur « réalité ». C'est à mon avis, une valeur nettement plus efficace, plus véritable et plus honnête face à la fonction du roman, soit d'exprimer une réalité, une âme.
Maintenant, peut-on appliquer cette théorie à notre siècle? Il faut tout démonter et reconstruire différemment, mettre l'emphase sur ceci au lieu de cela, il faut aller plus loin, au bout. De quoi? Mais de l'âme, du livre! Cette âme qui est comme le tapis qu'on nettoie à coup de balais dehors dont il faut enlever la poussière qui s'est accumulé avec le temps, les années, l'inaction, il me semble, des romanciers contemporains. Pouvons-nous, alors, écrire une conscience sans en révéler l'origine, la naissance ou la mort? Pouvons-nous exprimer les sentiments vifs, réels, sans artifice, d'un être qui naît au-delà, dans le vide intérieur de l'âme humaine?
Toutes ces idées, ces idées sur la vie! Pouvons-nous les exprimer, leur donner une existence?
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Je ne crois pas en la raison. Je ne crois pas qu'elle me sauvera, tout au plus, elle m'épargnera cette douleur. Penser, penser, mais ne pas penser à la douleur, à l'amertume des derniers jours, lire, lire, mais ne pas lire son âme, sa blessure; être seul, solitaire, attendre et voir, voir ce qu'on peut faire, voir ce que le temps peut guérir, peut amener. Finalement, se reposer, de tout, de tous, car c'est ainsi, c'est ainsi qu'on finit par mourir.
1 discussion(s):
Petit mot, simplement pour vous dire que ce texte — et bien d'autres que vous écrivez — me parle beaucoup.
Adèle B., lectrice discrète, mais assidue
P.-S. Merci pour votre passage sur mon blogue. Je ne savais pas quoi répondre comme suite à vos commentaires. Chose sûre, j'accepte l'invitation à dialoguer en privé.
Je crois bien que mon adresse de courriel sera jointe automatiquement à ce message. Enfin, si ce n'est pas le cas, informez-moi.
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