23.6.09

Mémoire, suivi de Les Saisons

Il est évidant, au fond, que la mémoire n'est jamais à l'abri du temps. Comment vivre avec tout le poids de son passé sinon? Il faut certainement qu'un jour la mémoire fasse défaut, que l'oublie s'installe, nous sauve. 

***
*

Les Saisons

Mon sommeil est l'hiver de Février,
la fascination lourde des glaces de Janvier.

Au temps, au silence du temps, du champs s'élève des aiguilles dorées -les blés d'Avril. 

Je suis l'oeuvre de la mort, 
je suis le cratère d'ébène, 
du charbon pour les fêtes païnnes de May. 

Quel fou! Il milite dans les déserts de l'amour, c'est Juin. Et le ciel orageux tremble toujours de lumières. 

Je souffre d'insomnie, je souffre comme l'herbe qui brûle un peu plus à chaque jour pour ne devenir qu'une carcasse de cendres jaunes: 

je fume je fume.
Quelques amours et toi, 
mon eau des sources, 
toi et ton visage des Juillets perdus, 
ta blonde chevelure au recoin de ma conscience.

Où sont nos mélodies saisonnières, où est la chemise, la blanche chemise mortuaire qu'on me mette sous terre? Novembre est là, son chant doux avant le Décembre et sa nuit de métal. 

Je cris: 
« Mon oeil est un lac pleure: je les ai aimés. »

Mes saisons. 

etc.
etc. 
etc. 

***
*

Doit-on tant souffrir pour être un peu artiste? 

5 discussion(s):

Henri Letham a dit…

Je ne crois pas que souffrir soit une prémisse à la création artistique, mais beaucoup d'artistes par le passé et encore aujourd'hui souffrent et s'évadent dans l'art. L'artiste s'abreuve de ses émotions et nourrit ses oeuvres par ses sentiments; le bonheur en fait partie, tout comme la souffrance.

Tristan R. Lemaure a dit…

Bien sûr, mais c'est une question récurent dans l'art. Je me la pose sans vraiment trouver de réponse adéquate: je crois, comme toi, que l'artiste peut faire transcender une gamme d'émotions par ses couleurs ou son écriture.

Cependant, à la base, n'est-ce pas la - ou une- souffrance qui nous y pousse?

Henri Letham a dit…

Je pense plutôt que c'est un désir à combler. Ce désir de créer peut être inspiré par une émotion de n'importe quelle nature, qu'elle soit heureuse ou non. Si par "souffrance" on entend "besoin qui n'est pas comblé", alors oui, je crois que l'art se nourrit de la souffrance.

Par contre, j'ai l'impression que la "vraie" souffrance (celle qui fait mal, qui nous torture les entrailles) est le plus grand chemin vers la création parce que dans le processus créatif, on est en quête d'une amélioration de son état (psychologique, émotionnel ou même physique) par l'accomplissement d'une oeuvre et qu'il est ainsi plus aisé d'apaiser ses souffrances dans l'art que d'y surpasser son bonheur à un niveau encore plus transcendant.

Autrement dit, je crois que lorsque l'art puise son inspiration dans les émotions, elle y trouve beaucoup plus matière à exploitée dans la souffrance parce que celle-ci témoigne d'un vide qui peut être comblé par l'art, contrairement au bonheur qui est une porte grande ouverte à la créatio`; il y a un parcours, je pense, plus complexe, plus profond, voire plus personnel lorsqu'on s'attarde à la souffrance.

Tristan R. Lemaure a dit…

Je ne peux rien rajouter à une réponse aussi... proche de ce que je crois. C'est à faire peur.

Merci pour cette réponse.

Petit Poucet rêveur a dit…

Je ne crois pas qu'il faille souffrir pour créer. Beaucoup de personnes se réalisent à travers un art sans qu'il y ait au départ une souffrance quelconque. Je connais des écrivains, écrivaines heureuses ! Des musiciens aussi ! Il y a dans le monde de l'art des gens qui respirent la joie de vivre. Par contre, exercer un art passe souvent par, si pas de la souffrance, des efforts énormes, un don de soi, une patience (et oui encore et toujours la patience) pour répéter des centaines de fois le même morceau de musique ou les mêmes mouvements de danse par exemple. On ne devient pas musicien ou danseur, acrobate ou jongleur, peintre ou écrivain du jour au lendemain. Sauf pour quelques exceptions, quelques surdoués, c'est un travail intense et de longue haleine. Généralement ces artistes-là y consacrent leur vie.
Beaucoup d'artistes galèrent, comme on dit, avant d'être reconnus, beaucoup aussi ne le seront jamais. Tout cela engendre également une certaine souffrance.
D'autre part certaines personnes s'en sont sorties dans la vie, ont trouvé leur voie véritable et je dirais même leur salut grâce à l'art. Hélène Grimaud, par exemple, pianiste française de renommée internationale. S'il n'y avait pas eu cette rencontre avec le piano, que serait-elle devenue ? Un réalisateur disait aussi que sans le cinéma, il aurait mal tourné.
Dans un autre registre il existe aujourd'hui ce qu'on appelle l'art-thérapie parce qu'on estime que l'art peut aussi aider à mieux vivre, à « soigner » d'une certaine façon. Dans le domaine de l'écriture il y a des ateliers pour les récits de vie à caractère libérateur, quand il s'agit d'une démarche de résilience.
Maintenant si on part du principe que la souffrance est intrinsèquement liée à la vie humaine, parce qu'être vivant c'est faire l'apprentissage de la souffrance et ce, dès la naissance, alors on peut dire qu'on souffre pour créer. Mais pas seulement. On souffre pour se faire respecter, pour trouver sa place dans la société, pour faire bouillir la marmite, pour défendre les valeurs auxquelles on croit. On souffre pour être vivant. Ou parce qu'on est vivant. Mais la vie n'est pas que souffrance.
Et j'aime beaucoup cette phrase de Cent-Coeur parce qu'elle est juste et objective : « L'artiste s'abreuve de ses émotions et nourrit ses œuvres par ses sentiments; le bonheur en fait partie, tout comme la souffrance. »