6.6.09

Folie

Écoute-moi, Helena Almeida

Il faut se taire. Il faut taire sa souffrance, taire sa folie, taire qu'on est défait,  qu'on a perdu. Car il s'agit bien de perte que de vivre. Je ne rejette pas cette froideur qu'ils ont tous sur leur visage, cette indifférence face à ma chute, à cette longue et pénible traversée au coeur de mon âme tremblante. Je ne la saisie pas, je ne la supporte pas. 

Je me vois refroidir à leur contact, sombrer dans la folie. Je ne crois pas que c'est une question de temps, de patience avant de me retrouver hors du monde. Le pire, c'est que je m'y entraîne. Parfois, je joue sur une scène. Je me vois agir, je me vois traîner mon corps faible, souffrant, brûlant, fiévreux vers eux et j'invente un quelconque sourire, une quelconque moue. Je leur dit que je ne leur en veux pas. Que j'accepte qu'ils m'ignorent ainsi, souligne d'un haussement du nez mon corps, ma présence, ma lenteur. Quelle plaie! Quelle vie! 

Je me demande ce qui m'attend, ce qu'il y a de pire que cet état. La folie! La véritable folie commence avec la raison. Or, je raisonne trop. Je remets en question la vie! La pertinence même de ma vie! Quel est le sot qui se risquerait à ce jeu ignoble, morbide? 

Je le crois, le temps aura raison de moi. Si ce n'est pas le temps, alors la raison. Partout, les visages s'effacent et on se retrouve devant la vide, son vide. Quelle profondeur! Je ne vois aucune porte de sortie. Pourtant, je suis là, à me battre contre une ombre, une chimère, l'absence. Votre absence. 

1 discussion(s):

Henri Letham a dit…

C'est vrai qu'on peut parfois voir la folie et la raison se rapprocher, s'attirer comme des aimants. Cependant, je ne crois pas que ce soit la raison qui revêt la forme de la folie, ni la folie qui prend des apparences de raison; ce n'est que le ridicule des deux qui nous saute à la figure. On se demande pourquoi, mais pourquoi la raion? Pourquoi tout cet ordre, cette rationalisation des pensées... pourquoi la vérité vaut-elle mieux qu'un joli mensonge... après tout, nous savons bien trop que la raison comporte aussi ses mystères, ses entorses poisonneuses!... Et la folie, ah! la folie... quelle doux visage elle a, parfois, lorsqu'on la regarde... C'est l'attirance morbide pour le chaos, le laisser-aller psychique... cette anarchie intellectuelle...

Mais n'en faisons pas tout un cas; dans ces moments ou ces deux aspects de l'intellect semblent fusionner, ils ne font que suinter leur ridicule, leur inutilité, cette prétention à tout contrôler alors qu'ils ne disent rien.

Le même dilemme peut se présenter dans le questionnement excessif dont il est sujet... cette remise en question universelle et totale, perpétuelle... le doute méthodique, pourrait-on dire. Seulement, à tout questionner ainsi, à douter de la vie, on en vient à perdre ses repères... on erre sans but dans l'incertitude, le conflit intérieur.
C'est important de garder du concret pour ne pas avoir le vertige face à toutes ces incompréhensions.