24.5.09

Voler

Voar ( en 4 parties ) - H. Almeida
« Vivre, naturellement, n'est jamais facile. On continue à faire les gestes que l'existence commande, pour beaucoup de raisons dont la première est l'habitude. Mourir volontairement suppose qu'on a reconnu, même inconsciemment, le caractère dérisoire de cette habitude, l'absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l'inutilité de la souffrance. » (Le mythe de Sisyphe, Albert Camus)
L'été.
Avec la saison des chaleurs et des cieux acérés d'azur et de violet, la tête et le coeur s'ouvrent à cette vie soudaine, magique, inespérée; on se dit alors que la vie est cela, et même quelque chose d'autre, quelque chose de mieux peut-être?  Tout est là pourtant, tout est là pour « vivre » heureux. 

Marchant, je découvre les dos et les hanches de ces jeunes femmes, leurs longues jambes, leur visage parfois, des éclairs de beauté; je vois, de loin, ces silhouettes étrangères m'émouvoir, car ce qui est beau, et bien émeut avec tant de facilité qu'on ne peut s'en surprendre. Partout, des rires de joie tombent dans cette espace où l'amour, la beauté et la jeunesse insistent vulgairement, influencent le monde tel qu'on le concevait. Une fois au cinéma, il y a cette brève rencontre, cette intermède avec ce sourire sorti d'ailleurs. On rigole, on délire, on invente une nouvelle façon d'aimer, d'avoir mal. Puis, on se salut, on se dit à bientôt peut-être. Nous le devinons, il n'y aura que l'écho de ces derniers mots: « À bientôt peut-être! » Il n'y aura que ça entre nous, rien de plus. 

Quelque part entre ces images de couleurs lointaines, cette pensée du départ, ce désir constant, ce besoin de partir, je sais que parfois, à certains moments, dans des lieux précis, dans quelques regards, quelques rires ou sur ces lèvres qui viennent illuminer, ne serais-ce qu'un court moment, votre vie: et bien, je sais qu'on peut réellement être bien. Alors quelle raison me pousse à fuir? À étreindre ma solitude avec tant de force, avec tant d'espoir, avec cet élan sincère. Le bonheur, écrivait Chris McCandless, n'est-il pas vrai uniquement, et surtout, s'il est partagé? 

L'été. 
C'est voler, se croire invincible, fort, même face à sa propre exclusion, à sa propre perte, à sa méconnaissance de ce que ça fait réellement que de vivre et, aussi, de mourir parce que jeune. Pourtant, l'été revient; l'amour revient, la jeunesse aime, rêve, espère puis meurt.