15.2.09

15 Février


Rencontre avec une vieille connaissance. Voyage d'un an à Londres. Jalousie. Envie. Dans quelques années, je ne me vois pas plus avancé que maintenant. Cela m'effraie, cette impression d'être un imposteur partout, dans tout ce que je crois, je veux croire. La vie me donne parfois cette impression aussi. D'être faux, de ne jamais être moi. Mais qu'est-ce qu'être moi? C'est le doute. Un éternel doute de tout et de rien, aucune conviction sur rien. Je n'ai pas de solution à la vie, je ne trouve que la fin à la vie. Cette mort est peut-être préférable à une autre, cette mort dans l'inactivité, dans l'improductivité, dans la neutralité des idiots qui n'accomplissent rien de leurs mains, rien de leur esprit. J'ai si peu de force, alors pourquoi le perdre dans un combat perdue d'avance? Dans une guerre contre ce que je suis. 

Elle me dit qu'elle part vivre là-bas pour écrire. Elle travaillera dans un hôtel dans les Cornouailles. Et moi, je souris. Je lui dis que moi-aussi j'ai des projets, que je travaille sur quelque chose. Faux. Je n'écris plus qu'ici, confronté à mon miroir, à la pauvreté de mon être. Je n'ai aucune inspiration, aucun droit de publier quelque chose. Ma vie, cet état du changement, cet espace à entretenir, ce temps à combler.  Rien ne change, tout finit par être changé en autre chose, mais la base, elle, demeure. Me voilà changé, dénaturé, accaparé par l'autre, au fond je vois que je n'arrive à rien, que je m'invente un visage, un ton. 

Allons! Allons, toi de toi. La misère a plusieurs visages, tu n'en vois qu'un et c'est le tien. 

Illustration: Speaking for Trees a film by Mark Borthwick, Cat Power