7.11.08

7 Novembre

Il faut tenir ceci pour acquis: je ne serai jamais plus ou moins que ce que je suis présentement. 

Victoire, il y a quelques jours, du premier président « afro-américain ». Que c'est illusion! On participe à un simple jeu de passe-passe. Tout est dans le chapeau, qu'on dit. La politique est affaire de qui sait le mieux capter l'imaginaire, qui sait le mieux invoquer le divin pouvoir de la langue et des mots. Très tôt le lendemain matin, on disait déjà que c'était révolutionnaire. La révolution? La révolution! Mais de quoi? De qui? Les hommes, après le massacre, ne révolutionne rien qu'une nouvelle méthode pour un nouveau massacre. Vivement qu'ils le fassent dans un État de droit! 

Aujourd'hui, sinistre appel de cette voix. Elle gruge la force que j'avais il y a quelques jours. Je me suis battu un instant en me disant que je pouvais vaincre de moi. Cette douleur du moi, elle se porte maintenant dans chacun de mes gestes et je me retourne pour la voir: horrifiante! Je voudrais bien comprendre ce qui me pousse à sans cesse vouloir combler ce vide par ces destructions intérieurs, ces batailles entre ce que je veux et ce que j'ai, ce qu'on m'offre. Jour après jour, je me dis que je vais finir par trouver quelqu'un pour la partager. Rien ni personne n'accoure. 

Ce midi, je voulais parler à A et lui dire combien j'avais cette lourdeur terrible sur le coeur mais elle n'a rien vu, rien compris et elle parlait. Je l'écoutais, par défaut. Je me suis toujours mis dans cette position de l'écoute attentive, de l'oublie de ce que je vis en mon coeur pour ces autres qui ignorent ma propre souffrance que je voudrais leur crier. Je ne parle pas. Je ne dis rien. Je n'arrive même plus à geindre dans le noir. Tout ce que je fais, ce que je sais faire de mieux, c'est faire la comédie. Parfois, ma propre voix je ne la reconnais pas quand je dis: «Oh, oui. Je vais bien. Non, t'inquiète. Oui, à demain. Toi aussi. » Et ils s'en vont! Ils me laissent, seul avec l'envie de tout faire pour me tuer, me jeter au sol, sur ce boulevard. Le sang bouillonne dans ma tête fiévreuse et parfois, l'envie, simple, de me dire que je vis une époque terrible me prend. Je regarde partout, et dehors et dedans. Je ne vois que mon corps affolé qui se déplace entre des espaces silencieux et le temps qui me tire les rides de la bouche en les prenant pour mes lèvres. 

Ce soir, invitation de C. C. Elle m'a dit quelque chose. J'ai compris que je n'avais pas à m'incruster ainsi dans sa vie. Puis, elle m'appelle. Puis, j'apprend qu'elle voit quelqu'un. Puis, je comprend que ma présence n'est qu'utilitaire, pour faire joli, pour faire simple. Pour tout dire, je comprend que je suis d'une naïveté aveugle. Et pourtant, je vais y aller. Je vais sourire. Serrer la main de cet autre. Prendre un verre. Puis un second. Puis un troisième et un quatrième. J'écraserai mon existence au fond de cette salle lugubre et bruyante. Dans mon corps, je sentirai encore la brûlure de ne pas être celui qu'elle désire. D'être celui qui lui écrit ces idioties romantiques.