29.11.08

27-29 Novembre


Acharnement. 

Il est de plus en plus difficile pour moi de m'asseoir et réfléchir. Je ne demande pas à ce que le monde cesse de tourner mais pourquoi cet acharnement à me convaincre que j'ai besoin d'y participer pour qu'il continue à le faire? J'aimerai créer, vivre de l'art. J'aimerai être une oeuvre à part entière, de ma vie, un parcours sensible aux lumières, aux couleurs, aux odeurs. Mais on me demande d'exister en tant qu'individu socialisé. 

~o~

Sans cesse ce besoin de me rendre utile, ce besoin de me sentir exister par l'autre. Pourquoi ai-je si mal de me voir ignoré, seul? Je suis une solitude. Je suis tristesse et détresse. Je ne comprend pas pourquoi on ne m'accueille pas?

Je suis l'étranger, celui qu'on accueille avec politesse, avec une joie polis, une toute petite joie de rien du tout. Partout où je retourne mon coeur, je le vois bien, je ne trouve que des bruits vagues, une relation qu'on entretient plus par commodité que par nécessité. Je ne suis pas indispensable et j'en ai honte. 

Pourquoi écrire alors? Pour sauver qui? N'ai-je pas déjà dis que je ne me sauverai pas avec l'écriture? Je suis faible. Je n'arriverai à rien de bon, à construire, à créer malgré ce désir: il est là parce que je n'ai rien d'autre et n'avoir rien, dans cette vie, c'est n'être rien. 

~o~

Je n'arrive pas à écouter autre chose que cette petite voix sous mon crâne. Comme si j'avais deux cerveaux, deux pairs de yeux, une doublure de ma chair sur ma chair, comme si j'étais moi et quelqu'un d'autre en même temps. Je ne comprend pas cette présence. Je voudrais en finir avec elle, la délaisser au fond de ma boîte crânienne mais je la sens toujours présente, qui observe par le petit trou de ma rétine. Je l'entends rire, dégarnir ce qu'il me reste de droiture et d'amour, teindre de noir chaque lumière, cacher chaque joie. À chaque nuit, je m'installe au fond de mon crâne et je lui fais face: 

«-Salut moi. 
-Salut moi-même.
-Te voilà enfin. 
-Me voici. 
-Je t'ai vu ce soir. 
-Je le sais, je t'entendais venir et partir. 
-Pourquoi cette fierté, ces vieux pieux d'aimer? Tu n'y arrivera pas, nous le savons tous deux. 
-Je ne veux pas aimer, je veux exister. 
-Tu n'existe pas! 
-Et toi, moi-même, si petitement installé ici, derrière le volet de ma rétine? Quelle misère! 
-Mieux vaux derrière que devant; toi et ton existence puéril, exécrable, ces faux sauts! 
-N'es-tu pas moi? 
-Es-tu toi? 
-Je refuse de t'écouter. 
-Pourtant, tu reviens ici à chaque nuit. 
-Je reviens pour te dire adieu. 
-Adieu? On ne dit pas adieu à soi. 
-Épargnes-moi tes jeux, tes égarements. Je te dis adieu parce que demain je ne viendrai pas. Je ne t'écouterai plus jamais. Je ne t'accorderai plus aucune importance. Dehors, il y a moi qui attend. Moi et ma vie. 
-Quelle vie? Qui seras-tu cette fois? 
-Ce que je suis. 
-Ce que nous sommes. 
-Adieu moi-même. 
-À bientôt moi. »

Et j'y retourne. À coup sûr. Cela peut prendre un jour, une semaine et parfois un mois, mais je me retrouve toujours seul devant lui, devant cette existence qui me suce à l'os. Je confonds son confort et mon mal-être parfois et j'espère, quelques fois, d'en finir pour de bon avec ces peines, cette souffrance! Mais que restera-t-il de moi? Qu'est-ce qui se dira après? À 20 ans, je n'ai toujours rien accomplis! Ces inquiétudes me sauvent mais en sera-t-il toujours ainsi? Pourrais-je me sauver de cette fatalité, cette réponse qui s'impose à moi chaque respiration?