La mort semble être là, à m’attendre, calmement, en riant presque. Elle sait que je ne suis pas fait pour vivre sans l’enfant qu’il y avait en moi. Qu’est devenu ce garçon que je fus autrefois, cet oiseau? Je l'ai perdu. J'ai oublié ce que je voulais être pour être ce qu'on voulait que je sois. Je déteste ce monde où l'on vous oblige au malheur, on vous demande d'être parfait en tout et de n'avoir aucune faiblesse, d'être le mari, le père, le travailleur, le fils exemplaire. On vous demande de vous construire une identité pour camoufler votre propre incompréhension: je sais, les gens qui à la fin de leur vie, se demande ce qu'ils ont vraiment vécu, ce qui était vrai dans leur existence sinon la médiocrité de ce capitalisme, ce besoin de consommer tout et rien à la foi. La religion, la politique, la science, l'art et même la littérature, tout y est maintenant un produit de consommation. On ne fait rien qui ne soit dans l'esprit de vendre, de s'enrichir et de pouvoir continuer à dépenser. C'est pour cela que j'ai mal à la vie. Je ne me dis pas que je veux mourir, non, la mort reste une fatalité et je sais que ce soit maintenant ou demain, cela ne change rien. C'est que je ne veux plus vivre tout ceci, voilà. Je ne veux pas vivre ainsi, tout le temps. Je ne peux vivre comme ça avec cette haine et cette jalousie de l'autre, car l'autre est accepté, il est conforme à ce qu'on la société lui demande d'être mais moi, moi je sais que je n'y arriverai pas-et je ne veux pas y arriver.
J'écris souvent me sentir seul mais je sais aujourd'hui que ce qui me fait le plus mal n'est pas la solitude (car elle est la mère nourricière de toute oeuvre), mais surtout le fait que jamais je ne pourrai comprendre ce que ça fait de ne pas être seul. Je me connais bien maintenant. Je n'ai pas la force de combattre ces sentiments qui me font mal et je finirai mon existence avec eux. Toutefois, j'ai toujours espoir de pouvoir, un jour, pendant un temps, les extraire et les regarder d'un nouvel oeil. Voir combien ils sont puérils et vains. Voir, qu'au bout du compte, tout ceci n'est pas si grave. Un jour, le monde changera. Qu'aujourd'hui n'est pas si différent d'hier ou de demain mais que quelque part, l'humanité persiste à vouloir vaincre les horreurs que nourrissent certains hommes. Plus que tout, je veux croire en l'homme et en la vie.
Cependant, tout ceci n'arrivera jamais. Je suis ce que j'ai voulu être au fond, un être naïf et malheureux. Quand je me relis, je trouve toutes ces bêtises digne d'un prépubère. Cela est d'autant plus fâchant que j'en fais un acte littéraire! Bêtises!