23.10.08

23 Octobre

Il y a quelque chose qui s'est produit aujourd'hui. J'ai remarqué que je m'habitue peu à peu à ma solitude. Je n'avance pas ni ne recule devant le vide qui est en moi et qui m'entoure mais je le vois maintenant et je reste indifférent. Pourtant, maintenant que je passe mes journées à réécrire cette lettre adressée à C. C., je doute. Si je devenais enfin heureux? Si je rencontrais le bonheur et que je le nourrissais ardemment de ce même feu qui me fait malheureux? Que ferais-je? Sur quoi écrire? Pas plus tard que cet après-midi, je me suis mis à travailler sur un nouveau texte. Remarque: je n'arrive pas encore à dire poésie, cela manque beaucoup de la qualité supérieure, réservée aux seuls vrais poètes. Je le voulais joyeux, car j'étais en paix avec moi-même. Je le voulais dénuder de toute ce noirâtre, cette habitude au fatalisme et à l'abandon de soi et de l'autre. Maladroitement, j'y ai inséré des mots idiots qui ne veulent rien dire. Si tant soit peu j'ai du talent, je me rend compte que je ne sais pas quoi en faire. Il y a ce projet de roman qui traîne, ce début de pièce qui n'avance pas et ces nouvelles qui ne valent pas la peine que je continue. 

J'ai la très nette impression que je n'accomplirai jamais rien de neuf, que jamais je ne pourrai écrire. Lorsque mon entourage me questionne sur mes écrits, je répond avec une anxiété étrange que cela ne vaut pas la peine, la peine d'être lu, la peine d'être compris, la peine d'être critiqué. Très vite, je sais que je doute de ce que j'ai écris jusqu'à maintenant, de la pertinence et même de la véritable nature de mon travail: est-ce de la poésie, de la prose ou encore une misérable confession d'un esprit malade? Il y a aussi l'anxiété du jugement, de la pitié que je pourrai lire dans leurs yeux et qui me tuerait. Je n'en veux pas, non. Mais en même temps, je me sens épuisé de courir après la lune et de me battre contre ce que je suis. Je voudrais leur dire ouvertement que je suis malheureux et que j'ai besoin d'être aimer, de faire l'amour sans en souffrir mais l'orgueil! Il y a cela, aussi. Cela aussi me tuera. 

Ma sensibilité m'empêche de comprendre que ce rire  ne m'est pas adressé. Que je ne suis pas si affreux. Que je mérite d'être aimer, d'être heureux. Mais leur bonheur m'ennuie! Il est plein de leur méchanceté, leur envie et leur jalousie. Je ne peux pas vivre ainsi, je le sais maintenant. Mais quoi vivre? Qui vivre? Et, avec qui vivre?