Je ne l’ai jamais caché à personne, je ne dois pas être parfait parfait. Je suis loin d’avoir quelque chose d’intelligent à dire, et j’ai beau me chercher, et j’ai beau sourire au temps qui passe, et j’ai beau mourir (très lentement), et j’ai beau fermer les yeux pour voir, je ne trouve rien, que ce vide monstrueux qui me fait, me remplie, me vide.
La pluie se prépare dans ce ciel gris mais j’ai l’impression qu’il pleut déjà en moi. Et je ne l’ai jamais caché à personne, je pleure. Même si les larmes ne veulent pas sortir, mon chagrin coule dans cette suite de petits mouvements mécaniques, routiniers, que je fais jour après jour.
Je me lève, le cœur au bord des lèvres et je me trouve encore assez de force pour me regarder dans un miroir. Les autres ne le voient pas mais je suis un monstre. On dirait que ça marque, les larmes de l’intérieur.
Je ne le cache à personne, pourtant, je suis ce que je suis. Je ne m’en plains pas. Je souris. Comme on sourit à la mort. Ce n’est même pas un sourire honnête, vrai (je ne sais même plus ce que ça veut dire). On sourit, bêtement, parce qu’avoir sût, on en aurait profiter. Avoir sût, on n’aurait pas fait les choses comme ça. Avoir sût, on aurait peut-être aimé plus longtemps, on aurait gardé notre naïveté d’enfant. Non, en fait, je n’ai pas vraiment le droit de me plaindre alors que sur ce monde des centaines de milliers de gens ne peuvent même pas avoir un lit pour dormir. Mais, il faut dire que parmi ces centaines de milliers de personnes, je ne connais que ma vie de vie, et personne pour la partager avec moi.
Je ne l’ai jamais caché à personne, je vais sans doute finir ma vie comme je l’ai commencé. Étranger à ce monde.